BEZIERS VILLE CITOYENNE ET MEDIATRICE ? Construire la ville de demain :

 

LA CONVIVANCE

 

Antonio FULLEDA Magistrat président de l’ABLC et de l’ABAD

 

            J’ai le plaisir d’ouvrir cette 1er université d’été : « Béziers ville citoyenne et médiatrice ? Comment mieux vivre ensemble : la convivance » au FJT Claparède à Béziers et je tiens à remercier chaleureusement monsieur le directeur, Roger ARMISSEN de nous accueillir en ces lieux.

 

            La convivance, étymologiquement « cum vivere » vivre ensemble,  est un nouveau mot du dictionnaire de la langue française. A l’occasion de la naissance de ce mot, madame Florence DELAY, de l’Académie Française, a prononcé un très beau discours en séance publique le 26 octobre 2004 ayant pour titre « une très vieille convivance » consultable sur le site  www.academie-francaise.fr .

 

      C’est autour du souvenir de Paul Ricœur qui nous a quittés le 20 mai 2005 que nous travaillerons durant ces deux journées. Le journal le Monde titrait fort justement qu’il est le « philosophe de tous les dialogues » (le Monde 22-05-2005). Il commence toujours en accordant à l’autre une part de vérité.

Dans un entretien avec Roger-Pol Droit, (le Monde 22-05-2005 Verbatim), il affirme :

«  La Cité est fondamentalement périssable. Sa survie dépend de nous, comme l'a souligné Hannah Arendt. En effet, aucun système institutionnel ne se prolonge sans être soutenu par une volonté de vivre ensemble qui est en acte chaque jour, même si on l'oublie. Lorsque ce vouloir s'effondre, toute l'organisation politique se défait, très vite notre siècle en a donné de multiples exemples, en particulier à l'occasion de grandes défaites.

(...) Ce qui fait que le politique n'est pas l'éthique ni la morale - peu importe ici la distinction -, c'est l'existence de médiations institutionnelles. Le politique apparaît lorsqu'une communauté historique s'organise pour devenir capable de prendre des décisions collectives. Le « vouloir vivre ensemble » se transfère sur un noyau institutionnel plus fort que chacun. L'existence de l'Etat repose donc sur une sorte de désappropriation des individus. Ce dessaisissement est fondateur et, en ce sens, nécessaire, mais il engendre en même temps les formes spécifiques du mal politique. Le politique est en effet enclin à des maux spécifiques du fait même qu'il paraît susceptible d'exister au-dessus de nous, voire, à la limite, contre nous. Il peut alors se corrompre, indépendamment de sa base économique et sociale, en tant que pur phénomène de pouvoir. C'est pourquoi il doit demeurer sous surveillance. L'héritage de la pensée libérale vaut d'être, ici, souligné : il convient de se méfier des abus du politique et de veiller à son contrôle en le divisant contre lui-même, en jouant de contre-pouvoirs contre le pouvoir. Montesquieu, sur ce point, a vu plus clair que Rousseau. Aux maux spécifiques du politique doit répondre une thérapeutique spécifique… » .

             Aucun système institutionnel ne se prolonge sans être soutenu par une volonté de vivre ensemble qui est en acte chaque jour, même si on l’oublie. Le contrat social est à  redécouvrir comme un projet oublié et sans cesse redécouvert ; Sans cela le tissu social se disloque et laisse place aux clientélismes et aux maffias.

             Paul RICOEUR nous invite à repenser l’éthique, le politique, le juridique et l’histoire en tenant compte de la réalité terrible du mal.

 

            Sur ces réflexions de Paul Ricoeur recueillies à la lecture, notamment, de l’ouvrage d’Olivier Abel : « Paul RICOEUR la promesse et la règle » (éditions  Michalon, le bien commun), je tiens, au nom de l’Association BEZIERS LA CITOYENNE  à remercier les partenaires de cette journée que sont la FOHL, le GAB, l’ABAD.

Avec des Intervenants de grande qualité   (Lia Mastropaolo, qui n’a pu à cause d’une rage de dents être avec nous, mais nous avons son texte que nous inclurons dans les actes),  Josep Redorta, Michel MIAILLE, Georges APPAP et tous les autres qui m’excuseront de ne pas les nommer, je suis sur que nous allons œuvrer pour le bien commun et la convivance. Nos travaux seront insérés  dans notre site www.bezierslacitoyenne.com .Merci, enfin, d’avoir répondu nombreux à cette université d’été en cette fin de mois d’août 2005 et à l’approche de la reprise des cours.


 

Ouverture des Travaux avec Mme Eliane Bauduin

 

Eliane Bauduin Présidente du Conseil Général et Conseillère régionale ouvre la première Université d’été Béziers la Citoyenne : «  Béziers Ville Citoyenne et Médiatrice ? » « Comment Mieux Vivre Ensemble la Convivance ? » et souhaite aux participants et aux intervenants de fructueux travaux. Après s’être interrogée du nouveau mot « convivance », elle indique qu’il est nécessaire de renforcer le lien social, et que ces deux journées vont y contribuer.

 

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Discours de Bienvenue M. Alain Romero,

Maire d’Espondeilhan, V Pdt de la Cabem

 

Je me demande tout d’abord pourquoi nous avons besoin d’inventer des mots nouveaux tel que celui de « convivance » ?

Est ce que ce que le « vivre ensemble » est si difficile qu’il faille avoir recours à un néologisme pour le rappeler comme règle primordiale de notre vécu social ?

Qu’est ce que le concept de convivance apporte à celui de citoyenneté ? Garantit-elle un vécu plus respectueux des autres, favorise-t-elle un meilleur rapprochement entre les individus ? Contribue-t-elle à mieux organiser la vie sociale ?

« La convivance » n’est pas la loi inscrite dans les codes divers et variés, qui nous serait imposée comme une limitation de vitesse ou un cadre rigide.

Elle n’est pas gravée dans les livres et fait appel pour chaque individu à ses capacités d’autonomie, d’être responsable et raisonnable, respectueux de lui-même et des autres, « apôtre » laïque de la tolérance mutuelle.

Ces questions, et ces constats, je le fais comme individu, citoyen de ma cité mais aussi comme responsable politique engagé et comme élu démocratiquement mandaté.

Créer du lien en favorisant la rencontre et l’écoute, en pratiquant la transparence sur les décisions prises et l’analyse critique (Le Bulletin d’Information Municipale ne se contente pas de dresser la liste de ce qui va bien ; les réunions publiques ne sont pas qu’un défouloir stérile qui ne tiendrait pas compte des attentes exprimées ;…) c’est ce que le conseil Municipal essaie de favoriser dans ma commune d’Espondeilhan.

En ce qui concerne l’agglomération, ma délégation de Vice-Président à la politique de la ville me projette dans une autre dimension : ce n’est pas le suffrage universel qui m’a octroyé cette fonction, sur un programme précis, des engagements clairs….mais sans nier les responsabilités que j’assume.

On comprend que les deux situations même si elles engagent pareillement sont très différentes.

La « convivance » se nourrit de proximité et de validation démocratique. Ces dernières paraissent plus simple à faire vivre dans une petite commune, mais se diluent à l’échelle qui reste toutefois moyenne de la Communauté d’agglomération.

Les citoyens ont bien de mal à situer cette nouvelle division administrative dans le paysage déjà bien morcelé des responsabilités politiques, sociales et économique locales.

Mais, le responsable politiques ont-ils seuls la responsabilité du désintérêt que semble susciter la chose publique ?

Alors que les médias font et défont les idées, tout semble aller trop vite et le seul langage des experts et des statistiques fabrique les opinions. La télévision n’exige du spectateur qu’un acte de courage, mais il est surhumain.

L’homme qui a gagné sa liberté dans la société est devenu individu à part entière. Cette victoire est ambiguë : le fait de gagner sa liberté d’opinion, de conscience, de choix, ’action peut devenir un cadeau empoisonné car c’est à chacun désormais qu’est dévolu la tâche de se construire et de trouver un sens à son existence.

Pascal Brukner dans son livre « La tentation d’innocence » nous dit ceci : « Il y a citoyenneté dès que l’individu accepte de suspendre son point de vue privé pour prendre en considération le bien commun, entrer dans l’espace public où les hommes se parlent à égalité et agissent les uns avec les autres ».

A condition qu’on puisse le faire grandir, le « vivre ensemble » peut nous protéger de deux religions : l’économisme et l’individualisme

C’est dans le cadre du projet commun que le socle du « vivre ensemble » s’installe. C’est dans le cadre d’un projet social commun que l’individu a plus de chance de se construire et de trouver du sens à son existence.

C’est en militant du projet commun que mes fonctions électives prendront tout leur sens.

 


 

 

Citoyenneté et Convivance

De Michel MIAILLE

Faculté de Droit Université de Montpellier 1

 

Les mots se suivent et ne se ressemblent pas.

 

*     D’abord dans le temps car si citoyen/neté est ancien et remonte à l’antiquité grecque et romaine, convivance est un néologisme récent qui fait partie de toute une famille de mots évoquant le bien vivre comme convivialité, convive et même convier (ces mots se rapportant au repas, au fait de manger ensemble).

Il y a dans ce nouveau mot une recherche pour parler d’une qualité perdue _ ou recherchée : le bien vivre ensemble qui est une situation objective, qui s’impose (nous verrons ce que l’on peut tirer de cette observation).

*     Ensuite, pour le temps d’aujourd’hui, le terme de citoyen/neté se situe dans le registre sociopolitique. Il désigne un statut conféré à l’individu, c’est à dire un ensemble de droits et de prérogatives qui l’autorisent à avoir accès à la sphère publique, à la fois celle de la délibération et celle de la décision. La figure du citoyen fait partie de l’univers politique au contraire, la convivance appartient au domaine sociologique : elle traduit la situation de relation harmonie entre ceux qui appartiennent à la même société. En ce sens, elle serait presque descriptive et non normative comme la première. On pourrait ajouter que la convivance déborde la citoyenneté car elle ajouterait toute une série de possibilités dans rapports sociaux qu’ignorerait la citoyenneté. Notamment, dans la projection des « devoirs », elle indiquerait ce que les rapports sociaux doivent à des attitudes et des comportements ou les individus s’efforcent d’améliorer leurs relations. C’est pour cela que la définition de la convivance ne se limite pas à une observation légitime, mais comprend une part normative pour réaliser le « bien » vivre ensemble.

*     Nous retrouvons ici la même situation qu’avec le terme de « gouvernance » qui n’exprime pas seulement les mécanismes et la logique du gouvernement des hommes et des choses, mais une « bonne » manière de les réaliser.

Cette perspective normative fait que nous nous retrouvons dans le domaine du prescriptif, malgré les allures purement sociologiques du terme. La convivance est à la société civile ce que la gouvernance est à la sphère politique.

Il y a là, certainement, l’occasion d’un quiproquo car l’usage de cette terminologie qui renvoie, en apparence aux sciences sociales _donc à une détermination obligatoire, scientifique, controversable  ou falsifiable selon les termes de Rasl Popper _ nous situe, en réalité, sur un domaine de choix politiques et éthiques : Car qu’est ce que « bien » vivre ensemble ?

Assurément, vivre en paix, harmonieusement, sans conflit (avec en tout cas, le minimum de conflits). Cet espoir pacifique des rapports sociaux ne résout pourtant pas tout, car il envoie à une autre question : qu’est ce que la paix ?

Il y a plusieurs manières de la faire et la paix imposée au besoin par la force, n’est pas nécessairement ce que nous espérons comme paix à venir !

Il faut donc y regarder de plus près, avant de consacrer le terme convivance et mesure exactement ce qu’il apporte le plus par rapport à la citoyenneté et, d’autre part, ce qu’il suppose comme fondement pour donner cette relation sociale pacifiée.

 

I.                        La Convivance : un plus par rapport à la citoyenneté ?

Pour soutenir cette hypothèse, il faudrait montrer que les possibilités ouvertes par la convivance n’ont pas d’équivalent connu ; et, d’autre part que par nature, elles excédent ce que propose la citoyenneté.

Or, il faut être prudent car aucun de ces deux affirmations n’est absolument soutenable. Il faut donc modérer l’apport de la convivance dans la compréhension de l’organisation des rapports sociaux contemporains.

 

*     La convivance, autre dénomination des droits de l’homme.

On oublie qu’en 1789, la déclaration qui pose les bases d’une nouvelle société, conforme aux vues de J.J Rousseau, ne se borne pas à énoncer les citoyens, mais les mêle étroitement aux droits de l’homme. La distingue entre ces deux séries de droit n’est pas facile à préciser : mais il peut permettre de montrer quelque chose d’essentiel.

L’essentiel est en effet que l’homme avant même d’être citoyen _ ou, même s’il n’est pas citoyen a des droits qu’il tient de la nature : et ces droits sont la condition d’une vie en commun possible et donc, paisible.

Prenons quelques exemples de ces droits «  de l’homme » dans la déclaration de 1789.

*   Liberté et égalité (article 1) liées à la naissance, c’est à dire à l’existence physique des individus. Or, cette liberté et égalité valables pour tous n’autorisent donc aucune discrimination sauf, dit le texte, que celles que « l’utilité commune » pourrait autoriser autrement dit, les nécessités nées de la vie de la société permettent d’instituer des inégalités de fonction qui ne valent que pour le bénéfice qu’en retire le corps social dans son entier. Ce que l’on nomme « l’élitisme républicain ». Mais cela suppose que tous ont, en effet, accès à ces différentes fonctions.

*   Propriété, sûreté et résistance à l’opposition (art.2) ce sont les droits « naturels et imprescriptibles de l’homme ». Droit à la propriété ; droit à la sûreté _ à ne pas confondre avec la sécurité ! Car c’est le droit d’être traité selon les lois ; résistance contre toute tyrannie.

*   Définition de la liberté (art.4) : pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui. Définition étrangement négative, à la différence de celle de Montesquieu ! Faire ce que les lois permettent. Nous y reviendrons.

*   Définition de la présomption d’innocence : dans toute procédure de type judiciaire, pour ne reconnaître qu’au juge indépendant le droit de condamner.

*   Définition de la liberté d’opinion, et plus largement de la liberté de communication des pensées et des opinions (art. 10 et 11) « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions même religieuses ». Et par conséquent, chacun peut «  parler, écrire, imprimer librement ». Tout ceci sous condition du respect des bornes posées parla loi.

Si l’on rassemble ces droits « naturels », il est clair que l’on maintient une société de paix généralisée, de tolérance et d’ouverture. Ne serait ce pas une manière de parler de convivance ? Au fond, les révolutionnaires posent comme condition à une vie sociale d’où seraient bannies les inégalités, l’injustice, la domination injustifiable des normes qui par leur application même, engendrent une vie sociale pacifiée.

 

* Reste la deuxième question: celle du caractère social de ces droits ainsi que ceux du citoyen.

On sait qu’une critique radicale de ces droits a été exposé par Marx (« La question Juive », 1843) comme étant l’expression de l’égoïsme bourgeois Rompant avec l’organisation communautaire de l’ancien régime, où chacun appartenait à un collectif qui à la fois le dominait et le protégeait (la famille, le village, la corporation, la paroisse, la province, etc…) la société bourgeoise aurait fait éclater un nœud de relations pour ne considérer que ‘individu isolé, l’individu nu _ certes garanti de droits personnels mais dépouillé, pour ceux qui n’avaient aucun moyen de résister, de toute force pour les mettre en œuvre. Les marxistes, à la suite, ont fait une lecture simplifiée de cette analyse en opposant les droits formels aux droits réels. Ainsi la reconnaissance des droits de l’homme ne pourrait accomplir la convivance.

*         Il faut pourtant rompre avec cette vision simplificatrice qui, en tout cas, passe à côté d’une autre lecture : celle qu’a proposée Claude LEFORT (l’invention de la démocratie) prenons l’exemple de l’art 4 et de la définition de la liberté.

*         Celle ci n’est nullement reconnue à chaque individu, doté du pouvoir de faire ce qu’il veut, même avec les limites imposées par la loi. Le texte ne définit nullement la liberté « en voie », pour chaque individu _ mais bien précisément par rapport à la liberté de chacun ne sont que celles que reconnaissent aux autres individus la même liberté des révolutionnaires est envisagée relativement (aux autres), relationnellement.

*               C’est exactement ce que l’on pourrait tirer d’une définition de la convivance : celle-ci n’est possible que si chacun admet que son mode de vie, sa décision, ses projets sont dépendants du mode de vie, des projets et des décisions des autres.

*                  L’équilibre ainsi réalisé reprend la morale kantienne « Faire aux autres ce que l’on voudrait qu’ils fassent à votre égard ».

Ainsi, la convivance ne serait peut être qu’un mode langagier contemporain pour dire _non sur le seul plan de l’observation _ mais sur celui de la prescription, de l’obligation _ comment nous pouvons concevoir la vie commune comme résultat d’un ajustement continu des prétentions de chacun à celle des autres.

Alors, nous pouvons nous poser la question du fondement même de ces obligations réciproques.

 

II.            La convivance : la garantie des droits réciproques ?

En effet, il n’est pas nécessaire de se demander seulement ce que serait cette convivance, comme échange de droits égaux et réciproques. Il faut encore se demander comment cette réciprocité peut être garantie car, sinon, elle ne serait que de pure façade.

Une réponse ancienne mais qui anticipe sur notre temps a déjà été donnée : elle est de J.J Rousseau et, dans des formules certes apparemment discrètes, elle dit ce que peut assurer la pérennité du vivre ensemble.

 

* Le texte du « contrat social » se termine sur un chapitre en général assez méconnu, intitulé « religion civile ».

Ce chapitre qui clôt l’ouvrage ne manque pas d’intérêt pour ce qui nous préoccupe.

Rousseau y fait l’analyse des différentes religions qui peuvent exister dans un Etat (le catholicisme, comme le protestantisme mais aussi le paganisme à l’antique et même l’Islam) et il se demande comment l’Etat doit réagir pour conserver la paix publique.

La solution, qui peut paraître étonnante, c’est certes la reconnaissance de la liberté de conscience et de culte, mais à condition que chaque individu participe à une « religion civile », religion obligatoire, apparemment celle de l’Etat démocratique, aux dogmes simples auxquels personne ne peut se soustraire.

Il prévoit même, que les contrevenants seront bannis ou considérés comme étrangers, donc exclu de la citoyenneté et que les récidivistes seront même punis de la peine de mort : ils seront exécutés non comme impies ou hérétiques (ce qui ne concerne nullement l’état) mais comme asociaux !

Or quel est le « dieu » de cette religion civile ? C’est le contrat social lui-même que Rousseau qualifie de « saint » : la sainteté du contrat.

Cette expression mérite notre attention. Le lien social démocratique, précisément celui défini plus haut où chacun n’a de droits que parce que tous les autres ont les même droits, ce lien démocratique donc est réputé saint ; nous dirions « sacré » C’est à dire mis à part, hors de toute contestation, objet d’un respect sans limite car, toute atteinte à cette vénération serait, en réalité, une contestation de la forme égalitaire et démocratique du bien social, donc une remise en cause et, par voie de conséquence, le chemin vers sa renonciation, sa perversion ou son oubli.

Cela nous renvoie au préambule de la déclaration de 1789 où les malheurs publics (c’est à dire la non convivance) sont dus à « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme ». La proposition de Rousseau tente, d’une certaine manière de prévenir ces risques d’oubli ou de mépris.

 

* Cette solution peut apparaître utopique, c’est à dire sans effet, autre que rhétorique. Et pourtant, elle mérite d’être lue avec attention.

Que nous dit Rousseau dans ce texte ? Que la garantie ultime d’une société où les relations sociales seront équilibrées (parce qu’égalitaires), altruiste (parce que réciproques) et pacifiques (parce que fondées sur la volonté de chacun et sur la force), réside dans la mise à part (la sacralisation) d’une institution qu’il sera impossible de remettre en cause : le contrat social qui fonde nos relations.

Dans des termes à peine différents, notre constitution dispose que «  la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision »  (art 89,der.al) ;

Il ne s’agit pas seulement d’une « forme juridique » mais bien d’un contenu : car la république ne se réduit pas à être seulement l’anti-monarchie. Elle est devenue un régime avec ses règles fondamentales, ses principes et ses droits. La plupart ont été forgés lors de la 3iéme République et concernent les lois sociales, la laïcité, le droit d’association, le respect des droits individuels plus récemment affirmés comme la dignité, bref, tout un congrès dont le conseil constitutionnel se fait le défendeur y compris, s’il le fait contre le parlement qui pourrait, par des raisons politiques, bafouer ces « fondamentaux » de la république.

Là est le secret de la convivance : celle-ci ne peut  être garantie que si certain nombre de principes sont considérés comme «  intouchables », lors de discussion.

Il serait facile, en cette année de centenaire de la laïcité, de montrer l’étrange modernité de cette proposition de Rousseau. Quelle question pose l’intégration dans la république, des religions nouvelles comme l’islam. La même que celle qui était posée en 1905 à propos du catholicisme. Sans toucher au dogme qui ne concerne aucunement les compétences de l’Etat, il faut exiger que la pratique du culte (c’est à dire la partie sociale visible et collective du dogme) soit respectueuse des principes fondamentaux de la République : liberté de conscience absolue, respect mutuel, absence de pression dans les appareils de l’Etat et des collectivités publiques de la part des représentants ou des fidèles des religions.

Pour cela, il faut donc une culture commune, celle que nous appelons « laïque » qui pose comme indispensable la liberté de chacun en matière spirituelle et la neutralité de l’Etat, donc son abstention dans ce domaine.

C’est assez dire que nous nous trouvons pleinement dans le domaine de la convivance si, par ce terme, nous entendons le registre des pratiques sociales, des représentations intellectuelles et symboliques grâce auxquelles la vie collective est non seulement possible, mais pacifique et heureuse.

Certes, les choses ne sont pas pour autant simples car la définition de ces principes fondamentaux et donc de ces valeurs qui font «  la sainteté du contrat social », n’est jamais donnée par avance. Elle varie d’un siècle à l’autre, elle évolue avec l’histoire de la société, selon nos contradictions, ses conflits et les problèmes rencontrés. Mais c’est le lot de tous les principes et de tous les ordres sociaux. Chaque génération est donc responsable de la convivance qu’elle définit et met en œuvre. Cela signifie que chaque génération doit dire ce qu’est, pour le temps où elle est active et en fonction des problèmes spécifiques qu’elle rencontre, la liberté de chacun, les obligations réciproques, le sens qu’il faut accorder à la sphère privée et à la sphère publique, le contenu de l’ordre public qui s’impose à chacun.

Ces principes et ces définitions sont évidemment l’objet de débats. Personne n’est « propriétaire » de ces définitions, celle de la liberté comme celle de la laïcité. Il y a nécessairement discussion pour qu’apparaisse un fine, un accord pour vivre ensemble : Cet accord est toujours fragile en un sens, mais il est indispensable car aucune convivance ne peut être imposée. Elle résulte de cet accord des consciences sans lequel il ne peut y avoir de « bien » vivre en commun.

Il faut pourtant finir sur deux observations : d’abord, le fait que l’ouverture à l’autre, la reconnaissance de ses droits de liberté et d’égalité, la convivance en un mot ne se suffisent pas de bons sentiments, bien au contraire, c’est au de là de la psychologie que se joue la convivance dans des procédures qui ne sont pas un vain appareil destiné à égarer les bonnes volontés. Il faut savoir qui, où, comment s’organise cette reconnaissance, sans quoi elle mourra dans le champ des bonnes intentions et des sentiments. L’autre observation concerne les limites de cette mise en œuvre : il ne faut pas croire qu’une société, au nom de la convivance pourrait éliminer tous les conflits sinon peut être une société totalitaire, de la paix des tombeaux.

Toute société a ses contradictions et doit gérer les discours : c’est à ce défi que l’on reconnaît les sociétés démocratiques.

 

 

Le Concept de Convivance à travers

l’histoire : 1209 à 1492

 

Karine CHEVALIER, enseignante d’histoire et géographie.

Il est difficile de problématiser autour de cette notion de convivance puisque ce terme n’existe pas. Seule chose : comment vit-on ensemble ou plutôt quelle est l’organisation sociale à Béziers en 1209, en Espagne jusqu’en 1492 ?

 

*   Béziers, 1209 : date chère aux biterrois car c’est le sac de Béziers, qui a marqué durablement les esprits et dont l’histoire fut racontée par les chroniqueurs de toute l’Europe pourquoi ce massacre ?

*   Au XV siècle, l’hérésie cathare se répand dans le midi. L’assassinat du legat du pape, Pierre de Castelnau, moine de l’abbaye de Fontfroide, par un chevalier de l’entourage du comte de Toulouse, décide le pape Innocent III, à mener une croisade en 1208.

*   Béziers n’est pas un centre de catharisme particulièrement important mais les motifs des croisés (quelles que soient les croisades) ne sont pas exclusivement religieux :

                        exotisme, dépaysement (ils viennent d’Ile de France)

                        partage des dépouilles, conquêtes de seigneuries (cf .les états latins d’orient)

 

*   Lorsqu’ils arrivent en juillet 1209 et mettent le siège, une certaine panique s’empare des Biterrois alors qu’ils avaient toutes les cartes en main pour résister :

                        Les récoltes avaient été faites et les greniers étaient pleins : la ville avait donc les moyens de tenir le siège.

                        L’armée des croisées n’avait pas l’intention de dépasser les 40 jours d’ost que devaient les chevaliers.

 

*   Le fait qui nous intéresse, dans le cadre de cet exposé, c’est que lorsque l’évêque de la ville propose aux biterrois de livrer les quelques cathares de la cité aux croisés, cette proposition fut refusée. Est ce le signe d’une tolérance à travers la ville ? Il est difficile de le conclure ou d’en tirer leçon sans faire d’anachronisme.

 

*   D’autant plus que cette tolérance ou cette cohésion sociale est sérieusement battue en brèche par la manière dont les Biterrois traitaient les juifs : pendant 3 semaines, à Pâques, avait lieu la lapidation de juifs. Cette coutume ne sera supprimée qu’en 1160, lorsque le vicomte Roger obtient de l’évêque l’autorisation pour la communauté juive de racheter ce droit.

 

*   Peut-on donc parler de convivance à la lumière de ces faits ? N’est ce pas plutôt la réaction solidaire d’une population qui défend sa ville et refuse d’y voir installer de nouveaux maîtres puisque les faits énoncés précédemment témoignent de violentes pratiques d’exclusion !

 

1492 : L’Espagne

 

Dans l’imagerie historique, l’Espagne musulmane apparaît comme un havre de tolérance : c’est l’Espagne des 3 religions. Pourquoi cette image ?

*   C’est parce qu’au Moyen Age, c’est l’espace de rencontre des érudits, le trait d’union entre Orient et Occident. Les érudits occidentaux venaient dans les bibliothèques où ils découvraient les textes de l’antiquité, que l’Occident avait perdus.

*   Pour ce qui est de la réalité de l’organisation sociale, elle est fondée, comme dans l reste de l’empire arabe, sur ce que l’on appellerait aujourd’hui le communautarisme. Chaque groupe se définit par rapport à sa religion et obéit aux règles de sa religion.

*   En effet, le Coran reprenait l’Ancien Testament et le Nouveau Testament ; il est pour les musulmans, l’ultime et parfait message de dieu.

*   Au cours de la conquête, les Arabes proposaient aux vaincus de se convertir à l’Islam et d’appartenir à l’Umma.

*   Il n’y a donc plus ni vainqueurs, ni vaincus. Ce processus est aussi une des explications de la rapidité de la conquête. Pour l’Umma, ce sont les règles du Coran et de la Sunna qui sont les lois, la vie « civile » et religieuse étant intrinsèquement liées.

 

                        « Les gens du livre » C.A.D chrétiens et juifs peuvent conserver leur religion. Ils payent l’impôt de la protection et sont appelés les DHIMMI : ce sont des protégés des musulmans. Ils conservent leurs traditions vestimentaires et doivent respecter les règles de leur groupe.

 

                  Ceux qui résistent sont réduits en esclavage.

 

*      Voici donc comment est organisée la société dans le monde musulman. Elle apparaît comme un havre de tolérance au regard de ce qui se passe avec la Reconquista : musulmans et juifs doivent fuir ou se convertir. L’inquisition se développe et cherche les traces cachées des pratiques religieuses juives ou musulmanes auprès des « Maures ». Mais, là aussi, vivre ensemble, c’est vivre sur le mode de la discrimination.

 

 

Georges APAP - Ancien Magistrat à Béziers

L'expérience de Valence

 

Les parquets avec les conseils communaux de prévention de la délinquance, devaient s'impliquer dans l'apaisement du climat social à l'intérieur des quartiers. C'était un peu son rôle d'aider à ce que les conflits sociaux nés à l'intérieur des quartiers trouvent une solution qui ne soit pas pire que le mal. Je veux dire par là que nous avions, nous avons toujours la solution judiciaire qui est celle qui consiste à trancher, dire le droit, donner tort à l'un et raison à l'autre, indemniser la victime, donc organiser le débat judiciaire habituel et en tirer les conséquences habituelles et on s'est rapidement aperçu, quand on a réfléchi à la question, que le débat judiciaire au lieu d'apaiser le conflit, au contraire l'envenimait.

 

Je m'explique, je prends l'exemple d'une rixe entre voisins par exemple, on comparait devant le Tribunal Correctionnel si les faits ont une certaine gravité. Chacun des deux antagonistes va devoir, va vouloir obtenir la condamnation maximum pour son adversaire et pour lui-même la réparation la plus élevée. Il s'en suivra une agressivité latente à l'intérieur du procès, qui fera que finalement le juge ayant tranché, il aura fait deux insatisfaits, chacun des deux estimant qu'il aura été ou trop condamné, ou pas assez indemnisé, de telle sorte que les relations sociales se seront définitivement détériorées entre ces gens.

 

Alors si ils habitent à un bout et à l'autre bout de la ville, ça n'a qu'une importance relative, mais si ils habitent le même quartier, si ils sont appelés à se revoir, s'ils doivent quotidiennement se croiser dans la rue, se fréquenter, se rencontrer chez le marchand de journaux ou chez le boulanger, et bien la détérioration de leurs rapports va faire que leur conflit va s'envenimer. Ceux qui s'occupent du droit pénal dans les juridictions s'en aperçoivent tous les jours, ce conflit qui naît, qui est à la base d'une dissension générale se complique, de telle sorte qu'il rebondit à toute occasion et qu'on se trouve en présence d'un amoncellement de plaintes qui arrivent au Parquet, et dont le Procureur en définitive ne sait plus quoi faire. Il y a donc tout un contentieux enfoui entre des gens, et du contentieux enfoui, émerge un incident que le juge va traiter de la façon que je viens de vous dire, c'est-à-dire non satisfaisante.

 

Et alors, il y a donc pour le Procureur de la République, une autre solution qui consiste à dire : "Et bien, puisque la solution judiciaire n'est pas satisfaisante" le Procureur a la possibilité de classer sans suite, il a le pouvoir d'apprécier l'opportunité des poursuites, le Procureur va donc classer sans suite une affaire dont les éléments sont déjà élucidés, l'auteur est connu, les preuves sont réunies et le résultat de ce classement sans suite sera que la victime se sentira frustrée et l'auteur aura un sentiment d'impunité et tout cela ne fera qu'aggraver les choses là-encore, de sorte que ou bien le classement sans suite ou bien les poursuites, aucune des deux solutions n'est satisfaisante. Il fallait en trouver une troisième ; les textes ont changé depuis et depuis la loi donne au Procureur de la République la troisième solution, celle que nous avions imaginée en 1983 et qui consiste à donner au Procureur de la République le pouvoir de saisir les conciliateurs appelés aujourd'hui médiateurs.

 

Tout cela n'existait pas à l'époque. Et c'est à ce moment-là que nous avons pensé qu'il fallait faire intervenir des gens qui, à la place de la justice et mieux qu'elle, ferait ce travail de reconstitution du lien entre les gens et ferait que l'on aboutisse finalement à l'apaisement social à l'intérieur du quartier. C'était donc en germe, l'institution de la conciliation que nous avons inaugurée à Valence et je le dis, peut-être sans trop de modestie, nous avons été les premiers en France à imaginer et à mettre en place un système de conciliation en matière pénale.

 

Je dis bien en matière pénale parce qu'en matière civile la chose existait, il s'agissait des conciliateurs de création ancienne et dont le statut avait été renouvelé en 1978. Ces conciliateurs-là ça n'était pas du tout ceux que nous voulions voir fonctionner et je vais vous expliquer cela en deux mots. Le conciliateur du décret de 1978, c'était un notable, choisi par l'autorité judiciaire, investi par elle, ayant prêté serment et qui était chargé par le juge, en matière civile, de trancher un litige entre deux plaideurs insatisfaits et donc de le trancher à la place de la justice. Le but, l'arrière pensée du législateur, était de faire en sorte que par ce moyen, on arrive à désengorger les juridictions surchargées. Ce n'était absolument pas ce que nous voulions faire. Désengorger des juridictions surchargées, j'ai estimé que ça n'était pas mon rôle et que je n'avais rien à faire là-dedans si les juridictions étaient surchargées, c'était à l'Institution, à la Chancellerie de s'en préoccuper, et d'y trouver remède, et si il y avait des dysfonctionnements ça n'était pas à moi d'y remédier.

 

Par conséquent il n'était pas question d'aider les juridictions encombrées à mieux fonctionner, il n'était pas question non plus de faire appel à des notables. Le conciliateur dont nous avions tracé le profil, était un homme ou une femme du quartier, ayant une expérience du quartier, ayant vécu dans le quartier, ayant souffert des difficultés du quartier, ayant une expérience de vie associative dans le quartier, bref, quelqu'un d'intégré dans le quartier et qui ne soit appelé à exercer la mission que nous lui avions impartie que pour permettre aux gens de dialoguer. Il s'agissait en somme de restituer au quartier le conflit dans lequel il était né et de demander aux citoyens de ce quartier de le régler eux-mêmes, hors de toute intervention judiciaire, c'est-à-dire complètement déconnecté de l'Institution. Et c'est important parce que cela va vous faire voir la différence entre ce parti pris et ce qu'en ont fait les nouveaux textes depuis 1993.

 

Et donc restituer le conflit au quartier pour demander aux gens du quartier de le régler eux-mêmes, c'était une idée qui nous était venue à partir d'expériences anciennes, je ne vais pas rentrer dans le détail, mais il faut savoir que j'ai moi-même commencé ma carrière de magistrat en Algérie où j'ai vu fonctionner les assemblées de villages dans des endroits où la justice n'avait pas accès. Le territoire algérien était extrêmement étendu et le maillage des juridictions était extrêmement lâche de sorte qu'il y avait des populations entières qui ne voyaient jamais un juge et ces gens avaient pris l'habitude de trancher les litiges de façon traditionnelle, qui consistait à demander aux gens de la "Djemaa", comme on appelait ça là-bas, de réunir les adversaires, les protagonistes au litige, et de, sans jamais prononcer de sanctions contre l'un ou contre l'autre, ni arbitrer de dommages et intérêts, faire dialoguer ces gens pour leur demander de dégager, à partir de leurs dialogues, une solution qui les satisfasse l'un et l'autre. Et donc j'ai pensé que ce qui avait cours de l'autre côté de la Méditerranée pouvait bien voir le jour aussi dans les quartiers de nos villes.

 

Et c'est comme cela que l'on a mis en place à Valence des équipes de conciliateurs, une par quartier, destinées, à faire dialoguer les gens en conflit et à leur permettre de trouver eux-mêmes une solution. C'était une façon pour nous de valoriser les gens du quartier, de leur faire prendre conscience de leur qualité de citoyens, et de leur demander de se prendre en charge et de prendre en charge eux-mêmes les affaires du quartier. Etant entendu, que la Justice ne renonçait pas à son rôle quand même, puisque si l'intervention des conciliateurs échouait, l'affaire revenait à la justice qui lui conférait sa solution traditionnelle, c'est-à-dire traduction devant le tribunal ou classement sans suite. Donc, tout ça partant de l'idée que, comme les criminologues le savent, mais comme le législateur français ne le sait pas, le droit pénal ne doit être que subsidiaire, il ne doit être que "l'ultima-ratio", c'est-à-dire la voie dans laquelle on s'engage quand on a épuisé toutes les autres. C'est un principe bien connu mais il se trouve que notre législateur, lui, intervient à tout moment dans notre existence et fait en sorte que nous ne pouvons rien faire qui ne soit pénalisé ou...enfin bref, je m'égare.

 

Donc, nous avons pensé qu'en dehors de l'institution judiciaire, tout ça pouvait bien fonctionner et il s'est agi de recruter des conciliateurs. Les recruter consistait à repérer à l'intérieur du quartier des gens dont le profil correspondait à celui que je vous ai décrit tout à l'heure, c'est-à- dire des gens ordinaires, ceci dit sans aucune idée désobligeante, des gens ordinaires, des gens du quartier, des gens de la base qui ne soient pas des notables, qui ne s'emparent pas du pouvoir et qui travaillent à plusieurs, à la différence du conciliateur traditionnel qui lui tranche tout seul les litiges. Nous avons sélectionné ces gens en fonction de leurs qualités propres, de leur personnalité. Une fois sélectionnés, nous leur avons tenu le discours suivant : "vous êtes des conciliateurs, vous n'êtes pas des juges, vous n'êtes pas des policiers, vous n'êtes pas des confesseurs. Vous n'êtes pas des juges, vous n'avez pas de décisions à rendre, pas de litiges à trancher. Vous n'êtes pas des policiers, vous n'avez pas d'enquêtes à mener, vous n'avez rien à élucider parce que les affaires que l'on va vous envoyer sont élucidées. Vous n'êtes pas des confesseurs, vous n'avez pas à faire la morale aux gens, ça n'est pas votre rôle".

 

Il s'agit de réunir les gens, de dédramatiser le litige qui les oppose, de faire en sorte qu'ils trouvent eux-mêmes une solution et surtout, une fois cette solution trouvée, de veiller vous à ce que les conventions établies entre les parties soient respectées. La conciliation n'est pas obligatoire, il vous appartient de dire aux gens que vous allez concilier qu'ils ne sont pas obligés de s'y prêter et que, si ils s'y prêtent et si ils arrivent à établir entre eux une convention destinée à régler leurs différends, si cette convention n'est pas respectée vous retournerez le dossier au juge, au Procureur, qui prendra la décision qui s'imposera comme si la conciliation n'avait pas existé".

 

C'est un peu comme cela que ça a fonctionné. Alors là j'aurais si j'avais le temps de multiples belles histoires à vous raconter...

 

De cette expérience, nous avons tiré un certain nombre d'enseignements, en particulier un qui nous paraît important. C'est que dans le règlement judiciaire du conflit, on situe l'un en coupable, l'autre en victime. Dans le règlement par les conciliateurs tel que nous l'avons conçu, il n'y a plus ni coupable ni victime, il y a des gens qui dialoguent. Et donc, à partir de la réaction que nous avons observée chez l'un et chez l'autre, nous avons constaté que devant les conciliateurs, la victime se fait beaucoup moins revendicatrice que devant le juge et que souvent elle se contente, soit d'une indemnisation de principe, soit quelquefois mêmes de simples excuses. C'est vous dire si l'ambiance a changé du côté de la victime.

 

Quant à l'auteur, lui, il n'est plus coupable, il n'est plus puni, il n'y a plus la punition au bout de l'acte qu'il a commis. Et par conséquent, il n'a plus devant les conciliateurs d'autre solution pour se réhabiliter à ses propres yeux, que de se reconnaître responsable, c'est-à-dire indemniser la victime, ce que devant la justice il ne fait jamais devant la Justice, il est condamné mais il fait tout pour se soustraire à la condamnation, à des dommages et intérêts. Ici, devant les conciliateurs, il se reconnaît coupable et spontanément, il offre l'indemnisation. C'est un fait d'observation courante, ça n'est pas une élucubration de ma part. C'est peut-être d'une psychologie un peu élémentaire mais c'est le résultat d'observations concrètes. L'auteur, qui ne se situe plus en coupable, se reconnaît responsable et c'est un énorme changement dans les mentalités et c'est là-dessus que nous avons joué et c'est à partir de là qu'on a pendant sept ans, d'abord à Valence, ensuite dans les cités voisines de Romans de Montélimar, installé des équipes de conciliateurs qui ont réussi, je ne dirais pas à apaiser le climat social dans les quartiers, non, mais, dans la faible mesure de leurs moyens en collaboration avec les autres institutions mises en place par le Conseil Communal de Prévention de la Délinquance à, contribuer à réduire un peu la tension dans les quartiers. Voilà, c'est très résumé l'ensemble de ce que je voulais vous dire, très schématique, enfin si vous voulez, on pourra en reparler.

 

 

1ère UNIVERSITE D’ETE :

 

 « beziers, ville citoyenne et mediatrice ? »

comment mieux vivre ensemble : la convivance !

 

Mardi 30 Août 2005

 

 

Intervention de Maître Annie AURET, Avocat et Présidente de la Maison de la Famille et de la Médiation :

 

« La convivance et la Famille »

 

Des propos de Monsieur Michel MIAILLE qui m’a précédé à cette tribune ce matin, j’ai retenu que la convivance est le bien vivre ensemble.

 

C’est un constat descriptif de ce qu’est la vie commune, de ce qu’est la citoyenneté mais qu’il fallait dépasser ce concept car la convivance ajoute des devoirs en plus à cette notion de citoyenneté et il faut bien remarquer que les rapports sociaux ne sont pas liés à des droits mais comportent des obligations et que donc la notion de convivance n’est pas que de l’ordre descriptif mais aussi de l’ordre du normatif, si j’ai bien compris votre propos Monsieur le Professeur.

 

Je voudrais faire le parallèle de cette définition qui s’applique à la convivance et la citoyenneté à la convivance et la Famille puisque dans une famille, chacun a certes des droits mais aussi des obligations et de plus, il en est ainsi tant pour les parents que pour les enfants, aujourd’hui considérés eux aussi comme sujets de droit.

 

Je m’explique :

 

-          droit pour un père de voir ses enfants

-          obligation de subvenir à ses besoins

-          droit pour en enfant de connaître et d’entretenir des liens avec ses deux parents, j’y reviendrai

-          obligation de respecter et entretenir ses parents : article 371 du Code Civil

 

Cela est si vrai que ces droits et obligations respectifs sont inscrits dans la Loi qui est la norme.

 

Que ces droits s’appliquent à tous, que non seulement les Codes de Loi les répertorient, que nul ne peut y déroger, que cela est tout autant vrai pour la convivance et la société que pour la convivance et la Famille.

 

Donc convivance et Famille s’appuient aussi sur un descriptif et un normatif.

 

Pourquoi ce parallèle avec la société ? Car toute société est un ensemble de personnes, un ensemble de cellules de personnes, de mini sociétés et qu’il faut considérer que la cellule de base de la société est la Famille : une cellule avec ses règles propres qui s’ajoutent aux règles normatives de la société, une cellule avec son chef, tout comme toute société civile a son chef, tout comme toute association a son président.

 

Je pense que si l’on veut bien vivre en société, il faut avoir appris à bien vivre en Famille et si de tout temps il y a eu peur de la dislocation de la Famille, c’est bien parce qu’elle est la cellule de base de la société puisque c’est le lieu des premiers apprentissages et le lieu des premiers ancrages dans la vie.

 

Et bien parce que nous savons que la Famille est la cellule de base de la société, le lieu où se transmettent les valeurs, le lieu où s’identifie l’enfant, le lieu où se réfugient les jeunes et les moins jeunes.

 

C'est dans la Famille que s'exprime en premier lieu l'amour envers un enfant, la solidarité, le respect, les premières expériences.

 

La Famille, rappelons-le cela ne fait pas de mal, c'est le premier endroit où le nouveau né reçoit de l'amour, c'est un point de repère fondamental, c'est le lieu où s'exprime la solidarité, où s'apprend le respect de l'autre, où se transmettent les valeurs, où s'éveille la créativité, la soif de vivre, c'est un refuge et c'est le maillon central de la cohésion sociale.

 

C'est parce qu'une Famille c'est tout cela et bien plus encore que, du moins ça devrait être tout ça, que les institutions tiennent à la sauvegarder en la protégeant, en la confortant dans ses changements par une adaptation des textes législatifs.

 

La famille doit donc être protégée, d'autant plus que le questionnement sur la famille renvoie naturellement au questionnement quant à la protection de l'enfant.

 

Bien vivre en Famille, c’est avoir des liens avec père et mère et que s’il n’y avait pas de problème jusqu’en 1964 où l’image de la Famille était père, mère et enfant, il y a aujourd’hui dislocation et c’est un lieu commun que de dire la Famille a changé (et c’est un autre propos).

 

Pour éviter cette dislocation, cette non vie en commun alors que l’enfant a besoin des deux parents pour se construire, on a créé des Points Rencontres, des lieux permettant la prise ou la reprise du lien afin de compenser en quelque sorte les non apprentissages qui auraient dû se faire en famille.

 

Décrire ce que n’est plus la vie en commun dans la famille ne suffit pas et la norme (évoquée par Monsieur MIAILLE) va évoluer, le droit va s’adapter à cette famille avec les notions non plus de :

-                toute puissance paternelle mais d’autorité parentale,

-                on ne parle plus de garde d’enfant mais de domiciliation.

 

Ainsi, la loi interne française a évolué mais je voudrais également évoquer, sans sortir de la notion de Famille, le descriptif et le normatif concernant l’enfant devenu sujet de droit.

 

L’enfant a droit à la Protection, la Prévention et la Parole.

 

L’avènement du droit de l’Enfant résulte du vote de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant en 1989 qui était l’aboutissement d’une réflexion tant psychologique que sociale de juristes sur la place de l’enfant car l’enfant n’était considéré qu’à travers les Droits de la Famille et de ses parents et l’image de l’enfant évoluant grâce à de nombreux critères (santé, regard psychologique et social : humanisme, enjeu économique), ses besoins propres se sont dégagés au fil du temps.

 

Il reçoit toujours, en principe, une protection dans la Famille.

 

Il est certes toujours incapable juridiquement mais c’est dans un souci de sa protection.

 

Il est certes lui aussi protégé par la Déclaration des Droits de l’Homme mais la Convention Internationale des Droits de l’Enfant vient rajouter à la norme citoyenne en tant que Code de Bonne Conduite si je puis dire, des Etats signataires eux-mêmes.

 

Ainsi, il est dû à l’enfant une règle se résumant à 3 P : Protection, Prévention, Parole, puisque à lui aussi est dorénavant donné, sous certaines conditions, le droit à la Parole, à exprimer ses opinions sur des situations qui le concernent telles que le changement de nom, l’adoption, voir la domiciliation chez l’un de ses parents.

 

L’Association Point Rencontre, devenue Maison de la Famille et de la Médiation, se réfère donc tant à la loi interne qu’à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui a prôné le Droit pour l’enfant de connaître, d’être élevé, de conserver des liens avec sa famille d’origine, et c’est parce que l’enfant aura eu un bien vivre, un bon ancrage avec sa famille même si elle est désunie, qu’il vivra en bon citoyen et que la convivance dans la Famille ne pourra que favoriser la convivance dans la société.

 

                                                                   Annie AURET

 

SCUOLA GENOVESE DI MEDIAZIONE  SISTEMICA

 direttore dott. Lia Mastropaolo

 

LIA MASTROPAOLO*

"en el proceso de mediacion: Manejar el conflicto de pareja; incluir los hijos para sacarlos fuera"

 

Lia Mastropaolo ne peu être parmis nous de l’université d’été mais elle nous a envoyé ce texte en castellan que nous vous livrons tel quel.

 

Para hablar de “los aspectos emocionales de la pareja en el proceso de mediacion” me parece bien insertarlo dentro el modelo de mediación de la Escuela Genovesa y explicar la experiencia de trabajo que lo ha determinado.

En seguida hablerè de los aspectos emocionales de la pareja que para mi quiere decir ponerse dos cuestiones:

a)      hasta que punto es util “manejar el conflicto” de pareja en el proceso de mediacion

b) hasta que punto es utìl implicar los hjicos , cuando y que finalidad tiene.

De este modelo hableré y tambièn a travès trasparencias y cintas.

En el proceso de mediacion me parece importante:

a)      Manejar el conflicto de pareja;

b)      Incluir los hijos para sacarlos fuera;

A diferencia de otros mediadores, considero un paso obligado liberar a los hijos que están muy implicado en la separación, antes de empezar el trabajo con los padres. iInvito a los hijos solo al primer entrevista:

1.- Para evaluar la resonancia que sobre los niños tiene la separación de los padres.

2.- Por un efecto de resonancia sobre los padres de lo que los niños piensan sobre la situación de separación.

3.- Para conocer el contexto familiar en el que se va a producir el proceso de separación.

4.- Por el antes y el después en la historia

5.- Por la idea de evolución en la familia

6-Para quitar al niño como el Tercero en la discordia.

 

*Psicologa, Directora del Centro e de la Escuela  Genovesa de  Mediacion sistemica,  codirectora de   Genova del Centro Milanese de Terapia della Famiglia. Socio fondatore della Società Italiana di Mediazione Familiare (S.I.ME.F.) e membro statutario del Forum Europeo. Coordinatore internazionale e docente al Master di Mediazione all’ Università Autonoma H. San Pau di Barcelona, all’Experto Universidad Complutence e all’UNED (Universidad a distancia) de Madrid. Professore incaricato di Mediazione Familiare all’ Università di Genova - Laurea Specialistica Direzione Sociale e Diritti alla Persona- connessa a Giurisprudenza. Ha lavorato nel Servizio pubblico e come consulente del Comune nel Centro storico di Genova fino al 2002.

 

a) Manejar el conflicto de pareja:

En la crisis se  expressan emociones muy fuertes, rabia, rencor y a veces violencia. Cada miembro de la pareja narra su propia visión apuntando la culpa y el fracaso en el otro. Favorezco una comunicación que logrará construir una explicación actual entre los dos, a dos voces, sobre la transformación de la historia de la pareja superando la visión víctima/culpable. En la construcción de una tercera historia, pasa una lectura distinta del pasado, que es la explicación que la ex-pareja se hace en el presente distinta de lo que se hacían solos hasta el momento. Es importante poder cambiar el pasado para poder cambiar el presente, y consecuentemente el futuro. Estos pasos son necesarios para llegar a la posibilidad de acuerdos concretos.

Deconstrucción/construcción.

 

c)      Solo ahora puedo trabajar sobre los acuerdos con respecto a los hijos, porquè solo ahora puede ser reales.

Esta metodologia la uso en los casos de parejas  que eligen o acepten una vía de colaboración, con peticion voluntaria, fuera de los circuitos judiciales, aún en presencia de conflictualidàd, en la intervención de mediación y tambien en los casos de” derivacion obligada” cuando las parejas se dirigen a un juez y mantienen una posición simétrica, altamente conflictiva, para definir quién es el culpable o el responsable, y  el juz deriva al Servicio o pide un perjtage. Sobre esta petición transformo la delegación al juez en un recorrido de reapropiación de la capacidad parental, lo que he llamado “intervención para el cambio” ; En presencia de patologías propongo una terapia.

Así, para afrontar la temática de la conflictualidad de pareja (y tambien en otras situaciones de conflictualidad, sociales,de  le organizaciones, penales,) segun el modelo de la escuela genovesa uso tres tipos de intervención diferenciados según las situaciones:

1)      INTERVENCIÓN DE MEDIACIÓN

2)      INTERVENCIÓN DE TERAPIA

3)      “INTERVENCIÓN PARA EL CAMBIO” en los casos de consulta o peritaje para el Juez

 

    II.            BIBLIOGRAFIA in Italiano

Mastropaolo L. e altri (1985) "L'interazione Consultorio Tribunale. Strategie sistemiche operative" in Terapia Familiare, n°17.

Mastropaolo L. (1989) “Ridefinire la coazione: Terapeuta sistemico e Tribunale” Ecologia della Mente, 18.

Mastropaolo L. (1995) "La decisione per noi la prendono sempre gli altri: un lavoro di mediazione con una famiglia rivisto alcuni anni dopo dalla famiglia, dal giudice, dal terapeuta." in “La Mediazione Familiare”, Giuffré editore.

Mastropaolo L. (1995) "Lavoro di Mediazione, Lavoro con il Tribunale" in “Famiglia, Continuità, Affetti Trasformazioni” ed. Franco Angeli.

Mastropaolo L. “Etica sistemica nei diversi contesti”, in Etica, Didattica e Ricerca in Psicoterapia Relazionale Angeli ed '96

 

Mastropaolo L.  “La mediazione familiare:l'esperienza della Scuola genovese” in Vita e Pensiero La Cattolica Milano 97

 

Mastropaolo L.  “La mediazione familiare: l’esperienza  della Scuola  genovese” in “Comporre il conflitto”  a cura di C Marzotto. e Tedeschi  ed.Unicopli.’99

 

Mastropaolo L.  “Interculturalità, lavoro di rete e mediazione familiare”. Pensare sistemico in contesti che cambiano” in Connessioni n°4 (1999)

 

Mastropaolo L.

“La cultura del mediatore: quale formazione tra cultura e prassi. Differenze strutturali tra mediatore e sensale.” in Percorsi di Mediazione Familiare. Riflessioni, Modelli, Esperienze della Societa’ Italiana di Mediazione Familiare a cura di R. Ardone Ed. KAPPA (2000)

 

Mastropaolo L.

 “Formazione in mediazione: una tecnica o “soltanto delle domande?”in Mediazione sistemica a cura AIMS (2005)

 

BIBLIOGRAFIA (in lingua spagnola)

 

Mastropaolo L. (1995) "Mediación Familiar en la Asistencia Publica" ed. Grupo Dictia Barcelona.

Mastropaolo L. (1998) “La esperiencia de la escuela genovesa” in Paidos Barcelona.

 

 Mastropaolo L.  “Mediacion familiar” in Mosaico, Revista de la Federacion Espanola de Asociaciones de Terapia Familiar.Bilbao 98

 

Mastropaolo L.  “Interculturalidad, trabajo de red, mediacion familiar. Pensamiento sistemico en contextos cambiantes” in Redes numero 5, Revista de psicoterapia relacional e intervenciones sociales, ed. Paidos (1999).

 

Mastropaolo L.

“Aspectos emocionales de la pareja en el proceso de mediacion” UNAF Ministero de Trabajo y Asuntos Sociales, Madrid (2000)

 

Mastropaolo L.

“Formacio, habilitat i etica” in  La “Mediacio Familiar  Justicia i Societat Centre d’Estudis Juridics i Formaciò Especialitzada (2001)

.

Mastropaolo L.

 

“La mediacion y la “intervencion para el cambio”: recorridos diferentes de la Escuola Genovesa”. in “Terapia familiar y intervenciones sociales” Relates Guadalajara Mexico in corso di pubblicazione.

 

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La convivance en milieu scolaire : Sens et Enjeux

Rapporteur Marie PATALACCI, CIO de Béziers, Extrait du document Recherche Action, Heure Vie de Classe Académie de Montpellier DAFPI Septembre 2002

 

 

*      La massification de l’école

Jusqu’au début des années soixante, seule une minorité d’élèves fréquente le secondaire car l’école « républicaine » scolarise les élèves dans deux filières séparées et relativement étanches (sauf pour les enfants du peuple les plus méritants) : le Primaire-Primaire Supérieur et le lycée. Dans ce dernier (rappelons qu’il scolarise les élèves du CP jusqu’à la terminale), une grande homogénéité sociale et culturelle unit professeurs et élèves ; ceux-ci ont conscience de faire partie de la future élite et une complicité fondamentale relie les uns et les autres.

Il y a chez les enfants un désir de recevoir l’héritage, de s’identifier aux modèles des adultes pour pouvoir ensuite prendre le relais des responsabilités et du pouvoir sur le plan social et professionnel. Dans ce contexte, les frontières symboliques qui séparent l’école de la cité jouent à plein : la classe, ses règles du jeu, le rapport d’autorité entre les professeurs et les nectar de sa discipline sans avoir beaucoup d’autres préoccupations…Il y a un ajustement naturel entre les attentes des professeurs et celles des élèves ainsi qu’un fort sentiment d’appartenance à l’école. Le « vivre ensemble » n’est pas un problème.

Les dernières décennies sont fortement marquées par ce que l’on a appelé «  la massification de l’école ». Pour des raisons dont nous ne pouvons développer ici, mais dont la principale est de nature socio-économique, l’école est devenue une école de masse et scolarise la quasi-totalité des enfants dans l’enseignement secondaire. La sélection qui s’opérait en amont (c’est à dire au moment du choix de la filière de scolarisation) se fait maintenant au sein même du système éducatif. Le collège qui regroupe la totalité des élèves va devoir s’acquitter de cette tâche ; « plaque tournante » de la répartition, il devient ainsi, selon l’heureuse expression de B.Charlot, une véritable « zone des tempêtes ».

Dans ce nouveau contexte, les jeunes, pour la grande majorité d’entre eux, ne sont pas acquis, a priori, au travail et à la culture scolaire ; ils ont besoin de « passeurs » pour être mobilisés intellectuellement. Ils sont d’autant moins naturellement « captivés » qu’avec les grands moyens d’information actuels, quoiqu’on puisse en penser par ailleurs, l’école n’à plus me monopole de la culture. Pour une partie des élèves, le sentiment dominant est que «l’école n’est pas faite pour eux ».

 

*      La montée en puissance des valeurs de « l’individu »

Une autre évolution s’est produite, parallèle à celle-ci, et concerne l’approfondissement de l’individualisme dans nos sociétés, développement sans doute inscrit potentiellement dans les principes mêmes de la démocratie puisqu’elle vise à l’émancipation de sujets libres et autonomes. Très nombreux sont les ouvrages de philosophie ou de sociologie qui ont tenté d’analyser ce phénomène (cf « éléments de bibliographie »).

 

Par delà les divergences des uns et des autres selon que l’on considère cette évolution comme une chance ou un grand danger (mais pourquoi pas les deux en même temps ?), ils s’accordent tous à reconnaître que l’individu est devenu une valeur  suprême et la source même des valeurs, des normes et du droit. Corrélativement, on assiste à un déclin des structures collectives et plus généralement de toute forme d’autorité extérieure relevant  da la tradition et non librement consentie. Ainsi le « souci de soi » peut prendre le pas sur le « collectif » et en tout cas des valeurs comme « être soi-même », être capable d’initiative, de choix personnel….tendent à remplacer celles de l’obéissance ou de la conformité à des règles collectives imposées.

 

Nous ne développerons pas d’avantage ici ces analyses selon nous très éclairantes pour notre sujet ; disons simplement qu’en enjeux fondamentaux de la démocratie aujourd’hui est précisément dans l’articulation entre le primat accordée à la vie individuelle et la construction du collectif et du lien social : « comment faire tenir ensemble des sujets qui ne se soumettent plus ? » (MJ.Sauret, psychanalyste). Pour ce qui nous concerne ici, cette évolution a des incidents directes sur la place de l’enfant à l’école et ses nouvelles revendications d’une part, et d’autre part sur les nouvelles conditions de l’exercice de l’autorité.

 

*      « La reconnaissance du MOI »

Du côté de l’enfant, l’importance accordée à « l’individu-sujet », à l’intériorité et l’identité de chacun se manifeste par une « sensibilité particulière à son propre moi » (J.Lévine ; cf éléments de bibliographie), par une « préoccupation plus grande accordée à la gestion de son moi ». Cela signifie concrètement qu’il accepte de moins en moins de ne pas être reconnu en tant que personne part entière, qu’il revendique davantage de bonheur et montre davantage quand il n’est pas heureux. Face à ce qu’il appelle « le défi du narcissisme », J.Lévine plaide pour un « M.R.M » à l’école, le « Minimum de Reconnaissance du Moi ! ».

 

*      La question de l’autorité.

 

Le mouvement de Mai 68 représente de ce point de vue l’acmé de ce processus de mise en question de « l’Autorité », y compris dans ces excès et ces outrances (« il est interdit d’interdire ! »). Même s’il peut être légitime aujourd’hui de s’interroger sur les effets éventuellement néfastes pour le sujet de l’affaiblissement des références au « tiers » qui fait autorité, nous ne pouvons que constater le déclin de certaines formes d’autorité dans les principales institutions sociales (l’église, la famille, l’entreprise, l’armée et bien entendu l’école). Ce qui n’est plus accepté, c’est la soumission à une autorité posée comme indiscutable. L’autorité a besoin d’être reconnue et doit pouvoir être discutée. Elle est construire en permanence dans la relation et la reconnaissance réciproque (pour reconnaître, il faut que je sois reconnu) et jamais acquise une fois pour toute.

 

*            L’importance des dispositifs de médiation.

Il suffit de penser ensemble les évolutions rapidement décrites ici – la massification de l’école et le primat accordé à l’individu – pour mesurer à quel point  la situation peut être paradoxale et comment ce paradoxe peur être « explosif ». Nous avons en effet d’un côté une école qui forme d’atomisation, d’anonymat et de déresponsabilisation chez les élèves ; de l’autre, une revendication de plus en plus exigeante de reconnaissance et de prise en compte de la singularité de chacun.

 

C’est précisément ce paradoxe qui rend nécessaire les « appareils de médiation ». La question qui est posée ici n’est elle pas finalement celle-ci : comment « démassifier » ? N’est ce pas d’ailleurs la raison pour laquelle le « collège pour tous » doit être aussi, selon les derniers textes ministériels, « le collège pour chacun ? » (BO n°23 du 10 juin 99). Le professeur peut il se contenter d’un fonctionnement collectif où il « fait la classe » en invitant simplement l’élève à aller vers l’institution ? Nous pensons qu’aujourd’hui il est aussi nécessaire que l’institution puisse aller vers l’élève. Autrement dit, il devient de plus en plus utile de faire de la médiation, afin de permettre à l’élève de se « retrouver » dans l’école (au sens littéral, retrouver quelque chose de lui-même), de se développer son sentiment d’appartenance à cette dernière, de façon à ne pas se considérer comme étranger à ce lieu et à cet apprentissage scolaire.

 

Cela fait appel à des dispositions mais aussi à des dispositifs : l’heure de vie de classe est sans doute une pièce importante dans la mise en œuvre de ces activités de médiation.

 

*      C’est un espace où quatre dimensions de la parole trop souvent clivées dans l’école vont pouvoir se réarticuler :

ü            Une parole « institutionnelle » qui concerne l’élève, la classe et l’institution scolaire.

ü            Une parole collective ou « groupale » qui est l’expression de la vie du groupe.

ü            Une parole personnelle qui donne priorité à la parole singulière du sujet.

ü            Mais aussi une parole à vocation « universelle » qui se manifeste par l’exercice de la pensée et concerne les grands « pourquoi » de l’existence et de la société.

 

*      c’est un temps, régulier, rythmé, inscrit dans le fonctionnement institutionnel, grâce auquel quelque chose de nouveau va pouvoir naître : un lieu de paroles où se construit du sens individuellement et collectivement…peut être quelque chose autour de ce qu’on pourrait appeler « le développement humain », expression qui à le mérite de réunir en une seul notion l’individuation (dimension personnelle du développement) et la socialisation (dimension collective du développement).

 

*      C’est une activité de « pontonnerie » qui permet de tisser des liens entre les acteurs, et surtout entre l’école d’un côté, l’adolescent et son monde de l’autre (le partenariat avec les parents prend ici tout son sens). Dans cette nouvelle posture l’enseignant est en quelque sorte « entre les deux », il assure le passage.

 

Face à la multiplicité des besoins auxquels il faut répondre, l’HVC est le point central de la vie scolaire, à la charnière entre la classe et l’établissement, l’éducation et l’instruction.

 

Nous dirons pour conclure qu’en favorisant le développement d’un sujet respectueux de lui-même et des autres et celui, indissociable, de relations sociales plus harmonieuses et solidaires au sein de l’institution scolaire, l’heure de vie de classe devrait en même temps faciliter aussi bien les apprentissages scolaires que la construction du lien social dans l’école mais aussi dans la société de demain. Elle constitue par là même un des moyens de lutte efficace contre la démotivation, la déresponsabilisation ou la violence.

 

 

Les Groupes de Parole et la Convivance en Milieu Scolaire Colloque Béziers La Citoyenne Août 2005.

 

Laurence Fulleda Professeur de lettres modernes à Henry IV Béziers.

 

ü      Un Exemple de Mise en Pratique : la Cité scolaire Henri IV :

 

Le projet de groupe de parole se situe à la suite d’un travail mené par une équipe d’enseignants sur les heures vie de classe, qui avait abouti à la production d’un document directement utilisable par les enseignants.

La même équipe, avec d’autres collègues de la cité scolaire a ressenti la nécessité de prolonger sa formation à l’écoute avec les mêmes formateurs, et à l’issue de cette formation, le projet de monter un groupe de parole sur l’établissement a vu le jour.

Nous animons donc à tour de rôle cette heure où notre rôle consiste essentiellement dans la garantie du respect des règles énoncées par Marie, la maintenance d’un cadre fort, garant d’une expression démocratique.

Les thèmes abordés sont choisis, soit dans une boite à idée mise à disposition à la vie scolaire, par exemple «  a quoi ça sert de se critiquer ? », soit en fonction des préoccupations constantes des adolescents : « Accro a qui, à quoi ? », soit en fonction des événements de la vie de l’établissement exemple « comment mieux vivre ensemble avec nos différences » à la suite d’une bagarre assez importante dans la cour.

Les animatrices sont toujours deux car la coanimation est importante, comme elle l’était pour les conciliateurs dont parlait G Apap hier.

Les participants peuvent venir à tout âge, la porte de la salle reste ouverte jusqu’à 13h15, ensuite il est impératif de rester jusqu’au bout ne serait ce que pour garantir la confidentialité qui est une règle fondamentale de ce dispositif.

Régulièrement, l’équipe se retrouve pour faire le point sur le fonctionnement de ce projet qui est inscrit dans le projet d’établissement.

 

4/ Bilan et Evaluation :

 

Il est difficile de mesurer l’impact de ce dispositif après seulement une année de fonctionnement.

La fréquentation a été très fluctuante en fonction des thèmes, mais aussi des emplois du temps des élèves, des périodes de l’année…..Toutes les classes d’âges ont fréquenté ce lieu souvent en se mélangeant, 6ièmes et 1ères ensemble par exemple. Comme un intervenant le soulignait hier, le problème reste l’information : quand placer les affiches ? ou ?, comment relayer à travers les collègues pour dépasser la simple information écrite. On ne peut mesurer cet impact que sur plusieurs années.

Dans toutes les séances, l’implication des élèves a été importante, pour accentuer la « convivance » nous avons utilisé la forme du « goûter, avec boissons etc, qui renvoie comme le disait M.Maille à l’origine de ce terme, en lien avec le repas et la nourriture.

Ce sont les participants qui ont été nos meilleurs relais, leurs réactions soulignant la nécessité d’un tel lieu. Un élève, lors de la discussion sur la tolérance, après avoir déploré que seuls des enfants d’origine maghrébine soient venus, a souligné que c’était la première fois dan sa scolarité que l’on « parlait » de ce sujet !!!!

Une autre, après avoir parlé des critiques, a déploré que ce débat n’ait pas eu lieu avant ce qui aurait pu éviter à sa sœur, élève également dans l’établissement de se battre……

Dans l’ensemble, les élèves sont demandeurs de ces espaces qui donnent à leur parole une véritable place, et qui permettent aussi d’être une personne et non seulement un élève.

M.Maille soulignait que la convivance c’était l’homme au-delà du citoyen, les adolescents ont eux aussi besoin, dans cette micro société qu’est l’école, d’exister au-delà de cours d’éducation civique par exemple, former, éduquer, l’éducation de demain c’est aussi lui permettre convivance à l’école et reconnaître que l’apprentissage des relations humaines et de l’expression de soi fait partie intégrante de l’éducation à côté des connaissances intellectuelles et de l’exercice de l’esprit critique.

Faire de l’école le lieu des valeurs d’une société républicaine de solidarité et de respect de la religion civile. Il s’agit, comme l’a souligné également Mme Auret, de permettre à l’enfant de s’exprimer, d’exister, de dire son ressenti et en cela, cette expérience remet JJ Rousseau au cœur d’une institution scolaire plus largement imprégnée par Voltaire !

 

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Mieux Vivre Ensemble de Mme Roqué Dolorès Professeur au lycée Technique Jean Moulin à Béziers

 

J’enseigne les lettres et l’espagnol (vous l’aurez deviné) en LP soit en lycée professionnel, pourquoi cette précision ?

 

Le LP pour la plus part des élèves qui l’intègre est une orientation par défaut, un pis aller, c’est ainsi que le vivent les élèves, les familles, qui plus est s’il est classé en ZEP, soit en zone d’éducation prioritaire. On peut comprendre qu’il s’agit de l’école des laisser pour compte, des marginalités sociales ou culturelles. Le LP plus que le lycée est un microcosme qui reflète toutes les dérives, les carences, les exclusions que génèrent nos sociétés. Nous sommes loin de ceux d’appartenir a une élite.

 

Le choix du LP pour un enseignant peut aussi être un pis aller, « les mauvais profs pour les mauvais élèves » je provoque bien sûr, pour moi il est un choix militant, délibéré, après une incursion en collège en tant que certifiée je suis venue au LP par conviction, si j’avais à synthétiser cette option je dirais comme Garcia Lorca « siempre estaré con los que tienen hanbre ».

 

Ce préambule pour différencier aux yeux des néophytes de l’éducation les différentes strates de l’école de la république qui joue de moins en moins son rôle d’ascenseur social ou alors pour certains il est bloqué au sous sol, en panne, comme dit Djamel.

 

Nous sonnes donc en LP confrontés aux conséquences des dites dérives sociales, manquements, violence physiques et verbales, et c’est d’une expérience de médiation à un épisode qui a fait la une des journaux en 2004 que je veux témoigner ici.

 

Je ne prétends pas apporter des solutions ni me référer à des théoriciens de l’éducation ou de la médiation, car je crois les solutions ponctuelles à des problèmes ponctuels, bien sûr nous en tirerons quelques conclusions que je vous soumettrais très modestement quant au rôle de l’enseignant, à son statut, à ses limites.

 

*   Les Faits

 

Jean Moulin, 3ième établissement de France en capacité, pour une ville située au 61ième rang sur le plan démographique, un établissement dont les dimensions et la fréquentation sont disproportionnées par rapport à la ville de Béziers.

 

Une rixe à caractère raciste a été à l’origine de ce projet. Jean Moulin a revisité West Side Story, deux clans clairement identifiés se sont affrontés : les jeunes issus de l’immigration de notre cité « la Devèze » et les rugbymen du pôle espoir.

Les uns viennent en majorité grossir les effectifs du LP, les autres constituent une élite sportive médiatisée bénéficiant au plan structurel d’avantages notables. (internat, repas)

Deux cultures, deux mondes dont la cohabitation génère quelques tensions. Ce jour là un incident mineur met le feu aux poudres.

 

*   La Médiation

 

Il fallait réagir vite et efficacement. Les deux administrations l’on fait et on rédigé une circulaire commune pour trouver les mots pour dire l’indicible et parler de racisme.

 

1 : Dans un premier temps.

La circulaire préconisait dans les classes l’instauration d’un dialogue autour des évènements (ma classe, atmosphère, pronoms ils, nous).

 

2 : Dans un 2ième temps un groupe de médiation composée de professionnels (médiateurs du quartier de la Devèze), d’acteur éducatifs de la cité, (d’élèves représentant les deux clans) a pensé les modalité de la médiation et ce sont les élèves qui ont conjointement rédigé ce qu’ils ont appelé « appel au respect et à la tolérance » où ils stigmatisent le rôle pervers des médias.

3 : Dans un 3ième temps ce sont les élèves eux mêmes qui ont proposé un débat réunissant les instances institutionnelles (sous préfet, police) et éducatives ainsi que les délégués de toutes les classes.

 

Il faut souligner que le débat est conduit et organisé par des représentants d’élèves qui distribuent la parole, équitablement entre adultes et élèves.

 

*   L’Exploitation Pédagogique : 1an après

 

Au-delà il nous est paru pertinent d’ancrer notre pratique pédagogique dans cette réalité afin de permettre le recul, la distance propice à la prise de conscience et à la réflexion.

Des nouvelles, des poèmes, des montages, des photos ont permis de recréer la réalité, de lui donner du sens, d’en tirer les conclusions qu’imposent la citoyenneté.

C’est dans cette optique que l’ensemble des acteurs du projet ont élaboré un questionnaire dons le mieux vivre ensemble est l’objectif.

 

Commentez les travaux d’élèves et le questionnaire, lire la conclusion de linda.

 

On peut remarquer qu’après bien des suggestions c’est en commun que l’intitulé du projet « mieux vivre ensemble » sera adopté.

 

Si on y adjoint la citation de Saint-Exupéry «  si tu diffères de moi mon frère loin de me X tu m’enrichis » on est en plein dans le cadre  de la convivance que le professeur Mr Maille définissait hier comme le bien vivre, comme une notion à la fois sociale et ethnique, on peut repérer dans la résolution de ce conflit les maîtres mots pointés hier par les acteurs de la convivance pénale et civile :

Ecoute, dialogue, débat d’idées, responsabilisation, respect de l’autre qui suppose le cadre d’une liberté bien comprise qui se situe entre droits et devoirs entre citoyenneté et convivance (une parenthèse si le terme est un néologisme en français, c’est a dire un mot inventé, il existe bel et bien en espagnol, (convivencia vivir amenamente con los demas)).

 

Loin de moi l’idée de poser cette expérience en exemple, nous avons fait en somme comme Mr Jourdain de la convivance sans le savoir, et l’approche en est surtout pragmatique, et si les réalisations témoignent de l’adhésion et de l’enthousiasme d’une communauté éducative, s’ils concourent à gommer les différences et l’exclusion source de violence, les remédiations conjoncturelles aussi pertinentes soient-elles ne nous exonèrent pas du constat des limites structurelles d’un établissement dont les dimensions et dysfonctionnement justifient légitimement le projet d’un 5° lycée en Biterrois.

 

Au delà ce type d’événement tend à nous faire faire le constat du rôle de l’école dans la société d’aujourd’hui, du statut de l’enseignant, et quitte à en hérisser certains nous constatons surtout dans les établissements dits difficiles que l’école se substitut familial, éducatif, dernier maillon dans la chaîne des apprentissages qu’on y apprend les savoirs, les savoirs faire et les savoirs être, et qu’aucun enseignant ne peut aujourd’hui se contenter de transmettre des connaissances et des savoirs. Cela implique de repenser la profession, les critères de recrutement au concours en amont, je dirais comme Mme Auret hier que c’est parfois en marge que s’opèrent les évolutions au nom du principe de réalité, ce qui ne nous exonère pas de mettre vigoureusement en cause les différents politiques qui font de nos enfants des cobayes formatés et des enseignants, des pions taillables et corvéables.

 

 

Vers une interprétation politique des histoires de vie en formation

Sujet de thèse de Mme Geneviève Confort-Sabathé

La méthode des histoires de vie tend de plus en plus à devenir le viaduc entre les différentes sciences humaines, si fragmentées. Une fragmentation que M. Dogan et R. Parhe[1] décrivent comme la condition d’une marginalité créatrice. Leur théorie est que l’émiettement des disciplines en sciences humaines et sociales conduit de plus en plus de chercheurs à s’appuyer sur des « secteurs hybrides », constitués de l’accouplement adultérin de secteurs migrants de différentes disciplines formelles (philosophie, sociologie, géographie, science politique…). Cette constatation d’un émiettement créatif des sciences humaines plaide en faveur d’une approche méthodologique de l’histoire de vie comme discours de soi et discours sur l’autre, exportable vers et entre les différents champs de sciences de l’homme.  La méthode des récits de vie consiste à recueillir et traiter des témoignages oraux ou écrits rapportant le vécu quotidien passé ou présent  et anticipant le futur rêvé des sujets. Les Sciences de l’Education, sciences charnières, porteuses de transversalité herméneutique, devraient accueillir naturellement une telle méthode.

Elle comporte néanmoins quelques carences perverses dont une absence quasi-totale de discours politique sur ses diverses pratiques et surtout sur ses objectifs. Ma thèse voudrait apporter une première réponse critique à cet apolitisme sacré.

1. L’écholution contre l’écologie et l’économie du récit de vie

    D’une manière générale, la synthèse et l’analyse du récit de vie doivent permettre la compréhension d’un phénomène social en évolution : ma thèse tend à interpréter l’aspect politique, par opposition au rôle écologique  et  économique  du récit de vie en formation. Le premier correspond, dans ma démarche, à l’activité domestique et sociale des sujets dans leur milieu, le second à l’administration et à la gestion du sujet par son milieu. L’analyse de l’aspect politique répondrait à l’impératif de « mise en perspective d’une quête de sens partagée et socialisée » selon l’expression de Pierre Dominicé[2]. Il ne s’agit plus seulement d’aider l’individu à se dégager des dépendances de l’enfance et de l’adolescence pour devenir un meilleur adulte mais de répondre à la question : « Comment vivre dans les contextes sociopolitiques actuels ?», ce qui équivaut à répondre à la question induite : « Existe-t-il une alternative aux contextes politiques actuels ? »

Le préfixe « écho » constitue la clé de voûte de mon argumentation et de la création de tous les concepts afférents. Echo, la trop bavarde et fabulatrice nymphe avait été condamnée, par sa mère, la terrible Héra, à répéter les derniers mots des autres. Elle ne put jamais avouer son amour à Narcisse. Elle en mourut.

Si les témoins récitants, à l’instar d’Echo, n’en meurent pas tous, tous sont touchés. S’adonner au récit de vie reste une épreuve sociale à haut risque car elle s’apparente bien à bavarder et fabuler sans retenue pour le plus grand bonheur de la société de communication. Le confessionnal, puis le divan, ont été remplacés par la pornographie médiatique, le récit de vie y tient lieu d’instrument apolitique privilégié de raccommodage du lien social, c’est ce j’appelle l’écologie du récit de vie. Les émissions télévisuelles comme « Vie privée, Vie publique », « Ça se discute » offrent un espace de déballage à des personnalités censées représenter un groupe social, voire une classe sociale, dans son ensemble : l’homosexuel, la mère célibataire, le papa poule, l’handicapé, le fils indigne, la mère prodigue ou l’inverse. Une cacophonie de figures caricaturales qui tend à adopter dans l’imaginaire collectif le statut des anciennes icônes héroïques.

D’un côté, les mythes de l’Antiquité et le fallacieux discours des Vertus, de l’autre, les identités fragiles, bricolées de la société post-moderne, cette outre de réels préfabriqués, et le discours magique des individus en construction identitaire. La falsification de l’Histoire reste d’actualité mais elle s’appuie sur d’autres ressorts, le témoignage contre la fable,  le fait-divers contre l’épopée.

Parallèlement, une véritable économie du récit de vie tend à rendre le sujet employable par le jeu toujours plus complexe de la formation continue. Le sujet sommé de se projeter dans le grand marché mondialisé accepte de se soumettre à toutes les ingérences mêmes les plus intimes. L’établissement du bilan de compétences est l’aboutissement d’un parcours de sélection où rien n’est épargné de l’intimité ultime de l’être. La seule défense du sujet étant le mensonge, il s’y adonne sans vergogne. Une étude de l’INSEE a montré que la plupart des curriculum vitæ sont des tissus de contrevérités. Or, le récit de vie en formation n’est jamais qu’un curriculum vitæ de luxe.

L’écholution, illusoire bouée Argos, poursuit la quête de vérité entre les deux voies (voix) opposées de l’écologie et de l’économie du récit de vie. Je définis le concept d’écholution comme un jeu de translation entre le narrateur et le chercheur au bénéfice de l’activité libératoire et critique du sujet. Le sujet impose son langage, sa vision du monde. Il est le propriétaire d’une histoire singulière, fantasmée (fantasme étant pris ici dans son acception freudienne de volonté de puissance entre rêve et perception, entre image et événement), que le chercheur transcende en la contextualisant. Cette approche est révolutionnaire au sens plein du terme, elle permet au sujet de fraterniser avec son milieu, d’intégrer sa position d’être au monde et d’accéder à la liberté par la médiation de l’échologue, que je définis comme révélateur critique du processus de résonance dans la mémoire. J’emprunte la notion de résonance à I. Getz et T.I. Lubart[3], elle s’impose dans le traitement de l’information par mes grilles de lectures multiples (voir plus loin).

L’écholution, dans sa caricature, tend à s’imposer dans les structures de formation où le « formé » et le conseiller d’orientation voire le formateur falsifient les méthodes universitaires, psychanalytiques ou même les pratiques religieuses. Le conseiller d’orientation est plus que jamais celui qui sélectionne, dresse les bilans de compétences, assigne les projets et finit par délivrer une forme laïque d’absolution sociale en autorisant l’accès à la formation ou plutôt à l’autoformation, concept furieusement postmoderne voire hypermoderne.

Pour étudier ce phénomène de conditionnement de masse, je propose une méthode   d’interprétation des récits de vie basée sur le Temps (l’histoire), l’Espace (la géographie) et l’Energie (l’éducation). Mon corpus comprend six personnes (trois femmes candidates au concours d’aide soignante, trois lieutenants-colonels d’infanterie ayant préparé le concours de l’Ecole de Guerre en formation continue).

1. Une méthode interprétative et transversale

Le temps sera étudié à travers la question du mitan de la vie comme période de relecture du passé et d’anticipation de trajectoire, l’espace à travers le champ social où s’illustrent les mentalités et les stéréotypes de la domination masculine, et l’énergie à travers la place du savoir dans la construction identitaire. Pour montrer la situation géocentrique de l’individu, dans cette triangulation, j’ai emprunté le concept mathématique de l’homothétie. Le temps, l’espace et l’énergie sont des phénomènes objectivables de l’écosystème. En effectuant une translation homothétique (H), de centre O (l’individu) par le vecteur « récit de vie » de chaque témoin, dans une fonction de type « u : R → R’ », ce triangle TSE (par souci de clarté, nous nommerons les sommets du triangle T (temps), S (space), E (énergie)) va être reproduit en une image T’S’E’ tel qu’à tout élément du triangle initial correspond un élément et un seul qui sera l’image de cet élément initial. Cette transformation isométrique, en un triangle subjectivable, reste valable quelle que soit l’orientation initiale du triangle. Ainsi, il n’y a aucune hiérarchisation entre les sommets du triangle. Le phénomène essentiel est la transformation elle-même, la force, la direction du vecteur soit la prégnance de la prise de conscience, autrement dit le degré de résonance dans la mémoire, des témoins par leur récit de vie. Suivant cette prise de conscience, l’image pourra être homomorphique (c’est-à-dire en tout point identique à la figure initiale) ou hétéromorphique c'est-à-dire différente de l’image initiale.

Cette triangulation de base est elle-même validée par un dépeçage « sensible »  du récit de vie de chacun de mes six témoins.

Le dépeçage consiste en un système interprétatif transversal qui traite de sémantique structurale, distributionnelle et générative. Mon procédé d’autopsie du récit se veut aussi séméiologique car étroitement connecté au champ social. Le sujet d’étude est tamisé à travers un crible herméneutique. C’est cette conjonction qui m’a perpétuellement guidée dans ma tentative de bricolage des dispositifs de décryptage du discours.

Je ne prétends pas effectuer une tabula rasa de toutes les recherches en histoires de vie. Certaines m’ont inspirée pour construire mes propres outils analytiques. Ainsi, « le tableau de l’expression de l’être au monde dans le récit » s’inspire-t-il d’outils sociolinguistiques préexistants (les stratégies de S. Speroni) auxquels j’ai adjoint six modes d’expressions  du récit.

Ne négligeant pas le fait que toute élection ne peut être qu’arbitraire, j’ai choisi les six modes d’expression et leur contraire le plus utilisés par les témoins: la liberté versus l’obligation, la capacité versus l’incapacité, le désir versus le rejet, la certitude versus le doute, le plaisir versus le déplaisir et enfin l’influence positive ou négative.

J’ai enrichi cette première  approche par « un modèle sociolinguistique statistique de l’occurrence des pronoms personnels sujets dans le récit ». Toujours dans le souci d’apprécier la situation du sujet dans son propre discours, l’étude des pronoms personnels m’a paru fortement heuristique. Je ne revendique pas la paternité d’un tel outil (Les triangulations performatives de G. Pineau), cependant, le fait de me limiter à l’analyse des pronoms personnels sujets correspond à la volonté de n'observer que l’indicateur qui possède à la fois les qualités de simplicité et de congruence. L’apport des statistiques dans cette étude souligne la mise en relation chiffrée de l’occurrence des pronoms avec la longueur du discours.

Parallèlement, à l’apparente simplicité de la conjugaison due au mode : « je veux », « je voulais », « je voudrai », « je voudrais », « j’aurais voulu », etc., se cache des subtilités idiomatiques dont il est fondamental de tenir compte. « Je vais » se conjugue au présent, il exprime en réalité un futur. De même, le conditionnel mode traduit généralement une idée dont la réalisation est sous-entendue et peut, donc se situer à la fois  dans le présent, le passé, ou le futur. Relever les verbes et donner leur mode ne suffit pas, il faut pénétrer dans la phrase et tenter d’en déceler le sens herméneutique.

3. Les bâtisseurs d’utopie

Construire, nous dit le Petit Robert, c’est « bâtir, suivant un plan déterminé, avec des matériaux divers ». Comment avoir un plan déterminé quand la vie est si pleine d’accidents, de ruptures, d’émotions ? Comment prévoir l’imprévisible ? Alix, Elisabeth et Jocelyne, Cézanne, Tanguy et Samson n’ont fait que naviguer à vue, s’adapter aux circonstances sociales, historiques, familiales dans un enchevêtrement de contradictions liées au désordre capitaliste. Ils s’intègrent, comme la cathédrale de Gaudi toujours en construction au cœur de Barcelone, dans un processus discontinu d’aliénation mais aussi de libération, entre imposition et appropriation d’un Moi social, familial, scolaire et professionnel. Ils n’ont cherché qu’à maintenir une permanence identitaire sans laquelle il est impossible d’échapper aux pathologies de la personnalité. Si l’on conserve l’exemple de la Sagrada Familia, on constate que c’est bien son caractère inachevé qui constitue l’expression la plus aboutie de la conception millénariste de l’œuvre architecturale monumentale. L’architecte n’a pas cherché la résolution d’une problématique architecturale complexe mais la mise en continuum consubstantiel d’une réflexion et d’une action, d’un dessein et d’un dessin. L’individu poursuit le même schéma pour construire son identité, les liens se tissent ici entre les phénomènes affectifs, représentationnels et opératoires. La comparaison s’arrête là car l’œuvre de Gaudi ne se construit pas, elle est construite. Elle n’a pas besoin comme les six témoins de notre corpus de construire son image de soi pour soi (issue des différents domaines d’expériences), l’image de la représentation de soi par et pour les autres tout en restant prisonnière de son image de soi idéale. Chaque fois que l’image de soi pour soi entre en conflit avec l’image de soi idéale sous l’arbitrage de l’image de la représentation de soi par et pour autrui, les individus font l’expérience du plaisir ou de la souffrance identitaire.

J’entends démontrer ici que l’appropriation de son récit de vie par le sujet en formation institue une démarche utopique en première instance. Elle lui permet de prendre la pleine mesure du contexte sociétal et de ne pas réduire l’acception du contexte social et politique à sa seule vision écologique ou économique. Le sujet se tend vers l’avenir, en être au monde concerné, en organisant la taxonomie de ses souvenirs réels ou imaginaires, il se prépare à intervenir, à acter sa liberté après s’être interprété et s’être mis en résonance à l’aide d’un autrui disponible et significatif, un autrui qui compte. Le récit de vie permet d’accéder à la construction sociale de la réalité, chère à P. Berger et T. Luckmann[4]

Je dis que le discours libère l’acte. Accéder à l’expression, et donc au savoir, est une esquisse de geste politique, une ébauche d’acte critique, apte à tracer le geste alternatif et émancipateur.

L’importance du positionnement de l’être au monde, ce que Sartre définit comme l’être en société, est confirmé par l’une de mes conclusions : pour mes trois témoins féminins, le savoir entraîne une soif d’émancipation tandis que pour mes trois témoins masculins, le savoir épuise les chances de libération. Comme si le statut de « dominée» dans le champ social à l’épreuve de la domination masculine rendait les femmes plus libres, tandis que le statut de «dominant » aliènerait les hommes. La crise de la masculinité ne serait-elle rien d’autre qu’une incapacité à se dire, à se livrer, à se délivrer ?

 

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« Les liens familiaux à l’épreuve du pénal »

(Sous la direction d’Alain Bouregba)

 

Note : la suppression de flèches présentes dans les textes originaux a été imposée dans les textes ci-dessous par la mise en page sur internet. Elle peut rendre ces textes moins lisibles ou compréhensibles.

 

Ce livre est un résumé des communications des interventions lors de la journée organisée par la fédération des relais parents-enfants pour le 10e anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. Le résumé que j’en ai fait ce veut court et condensé, tout en respectant le plus possible l’idée de chaque intervenant.

 

 

« La nécessaire continuité des liens familiaux » (A.Bouregba)

*  Grandir, c’est apprendre à surmonter les expériences de séparation, l’effacement d’un parent est un risque pour le développement de l’enfant.

*  Comment l’absence parentale s’identifie-t-elle à une rupture ? (bébé, incarcérés avec leur mère jusqu’à 18 mois)

*  L’effacement du père comme de la mère, peut entraver le développement de l’enfant    Les 13 relais parents/enfants participent depuis 15 ans au maintient des relations entre l’enfant et leur parent incarcéré, il faut distinguer deux champs d’action :

ü      La relation parent incarcéré/enfant et :

ü      La relation jeune délinquant face à son parent         questions fondamentales : « A quoi sert un parent ? »

« Comment être parent lorsque l’éducation de l’enfant n’est pas assurée au quotidien ? »

« Peut-on rendre le parent responsable de la délinquance de son enfant ? »

 

*      Les textes des communications contenus dans cet ouvrage vont nous éclairer sur les mutations des normes éducatives et sur l’évolution de la famille

 

 

Elisabeth Grigou : « Le maintien des liens familiaux » une volonté politique.

La prison n’est pas une institution simple : elle pose la question de la sanction/réinsertion – l’incarcération entraîne beaucoup de difficultés à maintenir les liens familiaux. Actuellement, il y a plus de lourdes peine et de perpétuité entraînant l’éloignement géographique pour les familles. Le maintien des liens familiaux est essentiel pour que la réinsertion se fasse à la sortie dans de bonnes conditions. Voici quelques initiatives proposées par l’ancienne garde des Sceaux E.Grigou :

*  Le développement des structures d’accueil des familles de détenus en attente parloir.

*  La création d’unités de vie familiale.

*  L’accueil des bébés auprès de leur mère incarcérée…

*  Des parloirs adaptés à la venue de jeunes enfants.

Les nouveaux établissements (programme 4000) prendront en compte dans leur projet architectural des le départ, des améliorations. Lieux plus vastes, mieux disposés, pouvant accueillir dans un même espace , plusieurs personnes volontaires, des relais enfants/parents, intervenants d’autres structures.

Malgré la prison un enfant est d’abord un enfant, et ses parents demeurent ses parents = maintient des choix éducatifs, accès au carnet scolaire etc.….

Amélioration de l’accueil des familles des détenus, créations de petits appartements, revoir ce sujet alimente de nombreuses polémiques.

Problème du jeune quand il est face à ses parents = création de postes de surveillants à la prise en charge des mineurs                                                                                        surveillants devenant référent auprès des mineurs.

Amélioration de l’enseignement des mineurs incarcérés.

ü      Travail en collaboration avec la protection judiciaire de la jeunesse

ü            Conseil aux parents des quartiers difficiles qui se voient stigmatisés par la délinquance de leurs enfants                création de groupes de paroles, maintien des liens de l’enfant avec ses deux parents ; convocation des parents du jeune délinquant.

 

 

« L’enfant éloigné de son parent incarcéré » Caroline Eliacleff (Psy et Psychiatre)

L’être humain naissant totalement dépendant et qui sait qu’il est mortel vit la séparation comme un abandon générateur de mort.

L’incarcération prive le parent de son enfant et l’enfant de son parent. Il faut donc prévenir l’enfant de ce qui lui arrive et de ce qui arrive à son parent, car l’enfant peut se sentir coupable de ce qui arrive à son parent. La première visite au parloir est la plus décisive et la plus chargée d’émotion, et la plus mauvaise question à poser est : « est-ce que ça s’est bien passé ? », on n'a pas à attendre d’un enfant qu’il soit content ou pas d’avoir un bon parent, on doit l’écouter, ces visites sont des occasions uniques de parler des interdits fondamentaux, des lois légitimes, des lois injustes et du respect des interdits.

 

 

Marie-Anne BAUBON : Juge pour Enfants

«  La prise en compte des entre l’enfant et son parent détenu dans les mesures d’assistance éducative »

 

La première des violences est le silence autour de l’incarcération. Dans la situation de placement, personne n’évoque les causes des placements.

L’article 371 du code civil dit : que l’autorité parentale est un droit et devoir de garde, de surveillance et d’éducation.

Théoriquement c’est à l’autre parent de continuer de solliciter, celui qui est détenu pour donner son avis sur les lignes directrices de l’éducation de l’enfant.

En réalité, il arrive que le parent restant se réjouisse que l’autre soit en prison, il ne peut donc pas lui demander son avis sur l’éducation de l’enfant. Trop souvent, les parents en détention sont déchu de leur autorité parentale. Aujourd’hui, on parle de retrait de cette autorité ; on prononce la déchéance de l’autorité parentale pour : la délinquance, l’ivrognerie, l’inconduite notoire. Le parent déchu n’est plus qu’un nom sur l’état civil.

 

 

Chantal RODIER – Guilpar (juge d’application des peines)

« La prise en compte de l’intérêt de l’enfant dans l’application des peines »

Deux cas à évoquer :

*  L’enfant victime de son parent incarcéré.

*  Le cas où l’enfant est victime de son parent détenu et vit cette incarcération comme une injustice.

Credo au JAP : « Le temps ne passe pas à la même vitesse pour tout le monde ».

Le non-comportement du détenu fait favoriser une punission de sortir pour maintenir des liens familiaux ; l’intérêt des enfants peut être un critère de priorité pour les permissions de sortie      situation dramatique des transferts. Le juge maintient les liens familiaux malgré tout = élément essentiel de la réinsertion, d’autre part, on doit encourager les rencontres parents détenus/enfants car elles sont une part importante d’une thérapie familiale, rarissime en prison.

 

 

Alain BOUREGBA, Psy, Président de la Fédération des relations enfants/parents.

« La parentalité à l’épreuve de l’incarcération »

 

« Les parents ont toujours le rêve de l’enfant idéal ».

La fonction paternelle est une fonction primordiale = le père est un « passeur » pour son enfant, l’enfant ne peut pas se construire sans lui ; sa désertion engendre de l’irresponsabilité. La prison déshumanise quand elle déresponsabilise.

 

 

Philippe JESUMET : Professeur de Psychiatrie

« Le jeune incarcéré face à sa famille »

 

Le manque de sécurité pour un adolescent fragile, peut générer en  lui de délinquance                d’où de la réactivité à l’environnement : les ados ont besoin de sécurité familiale. Le centre fermé ou l’hôpital psychiatrique peuvent être une sorte de solution protectrice, mais il faut toujours différencié contenir et contraindre _ il faut faire se rencontrer les parents, et les éducateurs, ces adultes doivent leur rappeler que les règles ne doivent pas être transgressées.

 

 

Alain POUEL, Ancien Président du Tribunal pour Enfants de Paris.

« Les relations parents/enfants à partir de la transgression »

 

Certains hommes politiques se posent la question de savoir quel rôle jouent les parents dans la déviance de leurs enfants             révision de la part de certains politiques, on va « reparentaliser » les parents, au besoin même par la manière forte.

La faute de la justice à l’heure actuelle, c’est de vouloir tout traiter trop vite. Or derrière chaque dossier, il y a de l’humain en devenir. Il faut apporter un soutient à la « parentalité ». Malheureusement, de nos jours, les parents interviennent de moins en moins dans les relations de leurs enfants avec les intervenants sociaux = professeurs, conseillers d’éducation, travailleurs sociaux.

 

 

Chantal RODIER _ GUILPAR.

«  Le jeune délinquant face à ses parents : le point de vue du J.A.P »

 

Beaucoup de mineurs incarcérés ressentent de la honte vis à vis de leurs parents. Un quart des mineurs incarcérés connaissent une situation familiale dramatique, parents décédés, etc…Il évoque de la famille se fait éventuellement en prison.

Beaucoup de jeunes préfèrent la prison au placement en foyer ou en famille d’accueil, car celà montre que leurs parents étaient défaillants avec eux. Echec des placements, il faut donc redonner « confiance aux parents » , les associer au projet de sortie du mineur, c’était le but de l’ordonnance du 02/02/1995.

Un juge du suivi travaille dans la durée, et avec le temps stressant, différent d’aujourd’hui, on veut des solutions immédiates, alors qu’il faut bien que jeunesse se passe.

 

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Commission transports et déplacements.

 

Sujet présenté par Gilles ESCARGUEL Secrétaire général UNSA Transports SATB, Secrétaire adjoint de la fédération nationale UNSA TU & TI.

 

Comment mieux vivre ensemble « la convivance » est un thème d’actualité dans le domaine des transports de voyageurs, notamment le transport en commun qui œuvre quotidiennement au sein même de nos cités.

Salarié du transport et responsable des institutions représentatives du personnel de *Bus Occitan, particulièrement sensible aux questions relationnelles qui après la conduite du bus dans le paysage urbain, composent le quotidien de cette profession, j’ai pu acquérir une expérience de terrain particulièrement pertinente concernant le sujet du comment mieux vivre ensemble.

Le Bus de ville, le transport en commun, assure le déplacement quotidien des usagers par la liaison entre les pôles d’intérêts, des quartiers de la cité et son cœur de ville. Dans un environnement adapté, le transport en commun peut permettre de véhiculer des usagers dans les meilleures conditions alliant : rapidité, confort, sécurité et ce, dans le respect de l’environnement pour un coût relativement réduit. Il accueille tous les publics, tant dans le domaine des tranches d’âge que dans celui des couches sociales. Il   représente au cœur de la cité le symbole du lien social et constitue un réel vecteur en matière de convivance et devrait à mon sens être utilisé comme tel. En effet, il pourrait être le théâtre de multiples actions socio-éducatives en vue de l’amélioration des relations humaines entre individus.

La constatation professionnelle développée ci-dessous, permet de tirer un bon nombre de conclusions et témoigne, si besoin était, de l’intérêt du développement de la convivance au sein du transport public.

En effet, une particularité Biterroise dans le mode de fonctionnement du transport urbain lié sans doute à la dimension de notre réseau est que, la prise en charge des usagers se fait exclusivement par l’avant. De ce fait, le conducteur procède systématiquement à la vente ou à la vérification du titre de transport. Dans cette approche et en général, la première réflexion faite est que : le principe de la vérification des titres de transport par un conducteur ne relève pas de sa compétence et qu’il serait générateur de conflit. Cette théorie semble logique mais, l’expérience nous démontre le contraire.

En effet, les réseaux qui pratiquent la montée par l’avant, obtiennent de bien meilleurs résultats sur le plan de la sécurité et en matière d’agression. Mais surtout, le nombre d’exactions ou d’incivilités pratiquées à l’encontre des conducteurs, des usagers ou du matériel devient moins important. 

Malgré certaines idées reçues, le principe de la montée par l’avant qui implique une action de vérification de la part du conducteur, ne se traduit pas négativement, mais au contraire. Elle induit une responsabilisation du conducteur dans l’accomplissement de sa tâche, responsabilisation comprise par l’usager puisque logique, se traduisant par une meilleure considération de sa part envers le conducteur et de ce fait, la naissance d’une notion de respect réciproque.

*Bus Occitan (anciennement RMTB) assure le déplacement urbain de la ville de Béziers mais aussi la liaison Béziers-Valras et quelques services scolaires compris dans le périmètre de la communauté d’agglomération Béziers Méditerranée, l’entreprise comprend 130 salariés et relève de l’autorité de la CABEME .

On constate donc et sans équivoque que la relation qui s’instaure par le fait du passage obligé par l’avant est constructive et génératrice de convivance.

Au-delà de la relation professionnelle, s’instaure inéluctablement un lien qui peut débuter par la notion de politesse la plus élémentaire comme un simple signe de la tête pour atteindre le stade de conversations conviviales, voire, le départ d’une véritable relation amicale.

Ce principe induit aussi une action efficace contre les fraudeurs et autres fauteurs de troubles qui agissent généralement dans l’indifférence et l’anonymat. Sans oublier ceux qui, tentés par les faiblesses du système et le laxisme qui y règne, s’abandonnent pour passer à l’acte et versent de ce fait dans une délinquance passive pour se trouver ainsi en situation d’autarcie vis-à-vis de leur citoyenneté.

Le fraudeur par exemple se trouve de ce fait démasqué ou remarqué par les autres usagers, ce qui dans la majorité des cas le dissuade et le conduit à respecter les règles fixées et souvent la prise de conscience est telle qu’il va jusqu’à respecter toutes les règles. Si la fraude recule, reculera aussi le contrôle répressif et dévastateur qui lui, est générateur de graves conflits.

 

ü      L’action des agents d’ambiance et autres négociateurs :

Cette catégorie de travailleurs exerce sous différentes appellations : grands frères, agents d’ambiance ou négociateurs et leur action bien que bénéfique, n’a pas encore été intégrée par la convention collective des transports. En effet, celle-ci ne prévoit pas et ne fait aucune définition de leur rôle et de leur mission. C’est dire si ce secteur bien qu’indispensable reste précaire et d’un avenir incertain dans notre profession.

L’expérience, la connaissance et l’analyse du phénomène ont permis de constater que l’action bénéfique des agents négociateurs tenait en premier lieu à la connaissance et la reconnaissance des individus, donc de leur identification.

Lorsqu’une bande de jeunes sévit, l’action est initiée par des meneurs, qui sont généralement les plus agressifs et destructeurs. Ils opèrent dans l’anonymat puisque confondus dans la masse, c’est là que les agents d’ambiance jouent un rôle prépondérant par le seul fait leur simple présence.

Le comportement de jeunes agitateurs ou petits délinquants accueillis dans le bus accompagnés d’un de leur parent est totalement différent, ils sont souvent respectueux et polis. C’est bien que leur milieu familial représente une autorité à laquelle ils sont soumis. C’est précisément là que l’action devrait être menée.

Je suis convaincu qu’une action menée auprès de ces jeunes, basée sur le simple principe de la reconnaissance permettrait d’éviter les dérapages du plus grand nombre, dérapages qui les conduisent à sombrer dans une délinquance grandissante au fil de leur adolescence.

 

Action relationnelle :

Une action censée établir des liens relationnels entre les salariés de Bus Occitan et les jeunes des quartiers est actuellement en cours de réalisation, cette action dénommée « challenge inter quartier de foot» a pris naissance au sein du CE grâce à la création d’une commission foot. L’entreprise s’est totalement associée à cette action qui permettra aux jeunes des quartiers de côtoyer dans un cadre différent les conducteurs de bus qu’ils rencontrent au quotidien dans leurs déplacements, le but étant de construire entre eux un lien de relation positive.

 

Commission retraités :

Une commission retraités a été créée, afin de permettre une continuité lors de la rupture de la relation professionnelle. Il nous est apparu fondamental de permettre un lien de continuité avec son environnement professionnel lorsque la rupture devient effective et ce, afin d’assurer dans les meilleures conditions le passage de la vie active à la vie de retraité. Cette commission permettra à ceux qui le souhaitent de poursuivre une activité avec un environnement qu’ils ont fréquenté tout au long d’une vie professionnelle, parfois 40 ans. D’établir des liens avec les jeunes salariés afin de transmettre le fruit de l’expérience et toute sorte de savoir à commencer par l’histoire sociale qui constitue le patrimoine culturel des salariés.

Parce que le passé aide à construire l’avenir, cette notion de convivance entre actifs et retraités prend tout son sens et tous y trouveront un intérêt à favoriser son développement.

 

Dans le cadre de la recherche de produits innovants en matière de participation, Un nouveau concept est à l’étude :

Son but est de mettre en place de nouveaux moyens afin de susciter un engouement qui tend vers une responsabilisation de chaque travailleur. Il va de soi que cette démarche ne peut constituer une contrainte supplémentaire qui viendrait alourdir une charge déjà pesante, mais au contraire, susciter un engouement afin que chacun puisse découvrir une valorisation personnelle dans l’accomplissement de sa tache. Cette approche est fondamentale dans une profession où le travail est répétitif et non valorisant.

Ce concept devrait permettre à tous les acteurs de s’y retrouver, le salarié découvrira une valorisation personnelle qu’il ne percevait pas auparavant, il connaîtra une amélioration de ses conditions de travail qu’il aura initié lui-même et peut être malgré lui. Sur le plan économique, il devrait percevoir les dividendes de sa participation.

L’entreprise trouvera un intérêt dans les domaines de qualité et productivité mais surtout une évolution significative du climat social ainsi que de sa gestion.

Dans le même esprit, nous avons initié une négociation avec les responsables de la Communauté d’Agglomération Béziers Méditerranée, afin de mettre en place une possibilité de développement de carrière. Cette négociation est en bonne voie et devrait connaître une réalisation prochaine. Précisons que la perspective de développement de carrière dont on parle est destinée à permettre une valorisation donc une reconnaissance des plus assidus sans pour autant qu’elle puisse se traduire négativement pour les moins ambitieux. Cette négociation est totalement indépendante et n’entache pas celle menée dans le cadre de l’entreprise pour la revalorisation des salaires, elle constituera un plus non négligeable et particulièrement constructif.

 

Pour conclure :

 

Il convient d’œuvrer de façon imaginative pour développer des concepts innovants qui, dans le respect des valeurs morales et éthiques permettrait de responsabiliser et susciter une implication participative de chacun et donc, l’éveil de démarches de citoyenneté.    

 

D’autre part, si nos élus, responsables et autres orateurs, prenaient la peine de se mettre à la portée de ceux qui les écoutent et sans se surclasser, leur discours deviendrait de ce fait compréhensible et ils obtiendraient le retour constructif qui fait carence. La participation du citoyen se trouverait beaucoup plus active pour plus de convivance et l’épanouissement de l’esprit démocratique.  

 

Gilles ESCARGUEL

 

 

LA MEDIATION ENVIRONNEMENTALE

   Laurent Vassalo Président de l’OMESC

 

Partie I :Méthode et Stratégie pour une nouvelle approche citoyenne de la résolution des conflits liés à l’environnement.

 

I. Le conflit est un art ou une science dans lequel l’Homme a toujours excellé. Le général Von Clausewitz, avec son traité « De la guerre », disait que cette dernière était la continuation de la diplomatie. Si l’humanité tente d’éviter les guerres régionales (à prendre ici comme inverse de mondiale) d’anéantissement et de conquête territoriale, les conflits environnementaux restent d’actualité. Que ce soit pour l’appropriation d’une matière première (le pétrole, le gaz par exemple) ou à une moindre échelle pour préserver un cadre de vie, le conflit environnemental est assurément en développement.

 

II. Le conflit environnemental né de l’action de l’Homme sur son environnement, mais avec une gravité particulière : l’action produite par l’Homme sera en général irréversible pour l’environnement et de facto pour l’Homme qui y habite. Construction d’un centre de déchets, d’une ligne Haute Tension, d’une autoroute, d’une usine d’incinération, d’une carrière… tous ces équipements, bien qu’ayant une vie déterminée, causent aux personnes voisines des dégâts irréparables sur la propriété, le moral et la qualité de l’environnement, dans l’espace d’une vie et plus grave sur les générations futures.

 

III. Paradoxalement la protection juridique de l’environnement et de la santé publique, accentue la tendance conflictuelle en donnant des droits à la Nature, en instituant le droit « de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé » (article 1 de la charte de l’environnement). Le citoyen est alors en droit de réclamer le respect de ses droits, le premier desquels est celui de sa propriété[1]. Bien entendu le rôle du droit est de pacifier la relation, mais l’expérience montre que l’absence d’application du droit de l’environnement, notamment le droit pénal de l’environnement, tend à exaspérer les personnes atteintes dans leur environnement. Et si l’action pénale est engagée par un Procureur de la République interventionniste sur les problèmes environnementaux[2], force est de constater la lenteur avec laquelle la justice se mettra en branle. Or la protection de l’environnement et de la santé publique ont besoin de solutions rapides pour mettre un terme à une pollution ou une nuisance. Permettre aux générations futures de bénéficier d’un bon état de l’environnement, tel est l’objectif du développement durable. Or force est de reconnaître que le droit de l’environnement reste sur bien des sujets incantatoire[3] ou difficile à faire valoir.

 

IV. Les processus de décision sont également touchés par cet objectif de développement durable. Mais là encore, l’expérience prouve que la création d’un centre d’enfouissement de déchets, par exemple, permettant de résorber les décharges sauvages, n’est pas chose aisée quand bien même le projet s’articule autour d’une loi de protection de l’environnement[4]. La contestation est souvent présente et finit par faire reculer le Préfet ou la personne publique ayant la compétence et le promoteur du projet. Ce phénomène appelé NIMBY, « pas chez moi », est accentué par le souhait de chacun de posséder un endroit calme et tranquille à l’abri du changement. Car c’est le changement, tout au moins sa perception qui cause chez le futur riverain en colère la volonté d’en découdre avec le gêneur. Le paradigme de notre société occidentale, qui pose la sédentarisation de l’Homme, afin d’habiter et mettre sa demeure à l’abri des conséquences du fonctionnement même de cette société, accentue la lutte pour préserver son environnement. L’environnement étant ici pris comme une appropriation individuelle, voire égoïste, plus qu’une volonté réelle de défendre la Nature.

 

V. Faire respecter le droit de l’environnement ou bien permettre le développement durable de la société voilà deux missions essentielles qui peuvent être confiées à la médiation environnementale. Quelle définition donner à cette méthode de résolution des conflits environnementaux et quelle stratégie employer ?

 

VI. La médiation environnementale, à la différence d’autres médiations, ne peut se construire qu’en respectant l’intérêt général de l’environnement et de la santé publique. La médiation classique suppose en effet que chaque partie fasse un pas vers l’autre. Or en médiation environnementale ces pas ne peuvent se faire qu’à la condition que le droit de l’environnement soit respecté. Pour illustration, il ne peut y avoir une médiation environnementale lorsque deux parties opposées se mettent d’accord sur le déplacement d’un projet ayant des impacts sur l’environnement, si ce projet déplacé continue à avoir des rejets sur l’environnement qui ne respectent pas les normes en vigueur. La médiation environnementale se fait d’abord au bénéfice de l’environnement et de la santé publique. Il convient en première phase d’une médiation environnementale de connaître l’état du droit en matière de protection de l’environnement. Cette première phase est aussi bien valable pour tout type de médiation environnemental.

 

VII. Ouvrons d’ailleurs une parenthèse sur la définition de l’intérêt général environnemental. La loi, en République Française, est l’expression de la volonté générale, selon la théorie rousseauiste. La difficulté aujourd’hui est dans la multiplication des domaines relevant de l’intérêt général : la liberté de commerce, la protection sociale, l’emploi, le logement, l’environnement,… tout corpus juridique relève d’un intérêt général. Certains s’affrontent comme souvent la liberté de commerce, de la construction et la protection de l’environnement. Le juge administratif et parfois judiciaire[5] agit en conséquence en tant que juge de l’intérêt général pour savoir lequel privilégier. Pourtant, là aussi sa décision arrive trop tard. Les parties seront insatisfaites du temps perdu et de la décision choisie. Il faut donc revoir cette notion d’intérêt général et ne pas la laisser au seul juge administratif. L’intérêt général doit se construire sur un territoire en fonction des enjeux et des acteurs en présence. La médiation environnementale peut y contribuer. D’autant plus que notre droit est d’inspiration européenne, avec son grand principe, celui de la subsidiarité.

 

VIII. Autre étape : connaître les parties en présence. La médiation, c’est rechercher l’intérêt sous-jacent des parties. Autant donc bien savoir à qui le médiateur a à faire. Les parties ne sont pas toujours apparentes dans un conflit environnemental. Il convient donc d’être exhaustif au-delà des parties déclarées : partisans/adversaires du projet ou de l’installation polluante en cause, riverains, associations, collectivités territoriales, Etat, médias, partis politiques, chambre syndicale, citoyens,… Dans la gestion d’un conflit environnemental chaque action peut entraîner l’arrivée d’un nouvel acteur favorable ou défavorable, voire neutre, mais avec l’envie de s’informer ou de participer au projet. Il faut prendre le temps d’identifier, de connaître le territoire sur lequel la médiation environnementale s’opérera. Dans l’hypothèse ou le projet présenté respecte le droit de l’environnement et de la santé publique, le rôle du médiateur sera d’éviter qu’une coalition se forme contre le projet regroupant des acteurs animés d’intérêts autres que la protection de l’environnement. L’exemple type est sur la mise en place de documents d’aménagement et de gestion durable des espaces, tel que « Natura 2000 », où souvent les acteurs se sont coalisés contre, alors qu’ils ne connaissent pas les enjeux et restent sur des préjugés avant tout anti-commission européenne.

 

IX. A ce stade il convient de parler du médiateur environnemental, de ses compétences et de ses qualités. La connaissance du droit de l’environnement, de l’urbanisme, de la santé publique est pour le moins recommandée. Par expérience, L’Homme qui dit le droit en réunion, au cours d’un entretien est très souvent respecté par son auditoire. Il est d’ailleurs interpellé pour éclairer le débat, la discussion. Bien entendu, il doit être capable d’interpréter le droit dans le flou d’un texte. Un juriste semble donc être le plus apte à remplir la fonction de médiateur environnemental. Comme tout juriste il doit être curieux, rechercher à comprendre le territoire sur lequel il opère. Les qualités humaines sont essentielles au travail du médiateur. Il doit être une femme ou un homme d’écoute, de dialogue. Il doit respecter l’ensemble de ces interlocuteurs. Il doit être humble dans l’approche des acteurs et du territoire. Il doit rester tout de même ferme face aux vociférations intempestives et mal venues. Il doit être tolérant et ne pas juger. Sa mission rechercher l’intérêt sous-jacent des parties afin de réaliser une analyse stratégique des acteurs en présence.

1° partie : Le médiateur doit connaître la sociologie et la science politique.

2° Partie : La médiation environnementale comme résolution d’un conflit existant.

3° Partie : La médiation environnementale comme prévention d’un conflit.

4° Partie : Limite et prospection sur la médiation environnementale.

La médiation environnementale: méthode et stratégie pour une nouvelle approche citoyenne, de la résolution des conflits liés à l’environnement.

 

(Partie II) : La médiation environnementale comme résolution d’un conflit existant.

 

I. Le degré de complexité dans la gestion d’un conflit existant s’évalue au nombre de malentendus, de maladresses, de vexations, de préjugés, d’incompréhensions qui se sont produits entre les parties en présence. Les projets, ayant un impact sur l’environnement, qui réussissent à émerger, si l’on excepte la résignation des populations ou l’achat de la paix sociale, sont ceux pour lequel le dialogue a prévalu. Connaître donc les causes d’un conflit environnemental est la première étape du travail du médiateur. Revenir aux causes n’est pas forcément chose aisé, car la dégradation d’un climat social est souvent rapide, ce qui oblige bien souvent l’administration préfectorale ou territoriale à s’intéresser au « problème du problème » plutôt que de comprendre pourquoi la situation est sensible. L’exemple simple est l’implantation d’un centre d’enfouissement de déchet. Le scénario est classique : Présentation d’un projet, remous de la population, peur des élus, abandon du projet, poursuite des pollutions par des décharges ou dépôts sauvages. Traduction : le problème est la résorption des décharges sauvages, le problème du problème est la perte des élections. Ce scénario a permis de régler le problème du problème et non le problème qui reste entier. Ce genre de scénario s’est produit maintes fois sur des problématiques différentes : traitement des déchets, construction d’ouvrages, Installation Classée pour la protection de l’Environnement, Plan de gestion (Natura 2000), etc...

 

Avant d’examiner le processus de résolution d’un conflit environnemental existant, il convient d’examiner la place de l’Etat, des collectivités territoriales et d’une personne privée dans un conflit environnemental.

 

II. L’Etat perd peu à peu la capacité à s’imposer sur des choix d’ouvrages sensibles. L’idée qu’il serait le gardien de l’intérêt général devient une fiction. Le fait même de l’explosion du contentieux administratif et du recours aux juridictions européennes rendent caduques cette idée d’Etat omniscient. L’illustration en est donnée par l’élaboration des périmètres de zonage ZPS[6] et ZCS[7] dans le cadre du réseau européen Natura 2000. En excluant les territoires peu habités et concernés par les zonages ZSC et ZPS, il est difficile à l’Etat de faire avancer l’élaboration de documents d’objectif, deuxième étape après l’approbation du périmètre, puisque les édiles locaux sont déjà contre le périmètre : cela revient à vouloir régler le problème du problème. Le faux dialogue instauré entre l’Etat et les collectivités rend ces dernières de plus en plus imperméables à une idée de concertation. En effet, imposer un périmètre réalisé sur une étude scientifique et demander l’avis à la collectivité locale en disant qu’elle ne pourra remettre en cause le périmètre que par des éléments scientifiques est tout simplement vexant pour un conseil municipal d’une commune de 160 habitants[8], à qui personne n’est venu expliquer les enjeux de Natura 2000.

Autre exemple, la politique de prévention des risques naturels et industriels. Si l’Etat est compétent dans ces domaines, force est de reconnaître qu’il reste timide sur la mise en œuvre de cette politique. Les comités locaux d’information et de surveillance ou de concertation sont des outils intéressants, mais réellement efficient dans la mesure où les services de l’Etat sont motivés et de facto ont suffisamment de moyen pour animer ces comités. Bien souvent l’installation des comités se fait à grand renfort de communication, mais bien vite la dynamique retombe. L’Etat n’est d’ailleurs pas seul responsable, les élus et les associations sont bien souvent absents lors des réunions et les bonnes intentions disparaissent au fil du temps, mais la gestion du problème environnemental demeure et s’accentue.

Sur ces questions, la crédibilité de l’Etat est en jeu et ce n’est pas par l’affrontement que l’Etat reprendra du panache auprès de ces administrés. La place de l’Etat est appelée à évoluer, notamment sur les questions de gestion des territoires[9]. Il ne peut être à notre avis un médiateur environnemental que s’il n’a pas d’intérêt dans les causes d’un conflit.

 

III. Les collectivités territoriales ne sont pas à l’abri d’une poussée de fièvre NIMBY dans la gestion quotidienne de leur territoire. Preuve en est la perte d’une majorité politique dans une commune dont l’équipe perdante voulait imposer une carrière ou une autre installation classée. Force est de reconnaître que l’aspect politique complexifie la démarche d’un promoteur. Pourtant la décentralisation a voulu responsabiliser les élus locaux et leur administration. Parler des collectivités territoriales s’est d’abord regarder la nature et la taille de ces dernières. Les conflits environnementaux peuvent naître sur le territoire de n’importe qu’elle collectivité, mais la nature et surtout la taille de cette dernière conditionne sa capacité à faire face. Qu’il s’agisse d’une création d’un ouvrage, d une l’installation classée, de la mise en œuvre d’un périmètre d’aménagement en zone rurale ou péri-urbaine ou d’un accident dans une zone urbaine les acteurs du territoire réagiront sur le même principe de vouloir préserver leur environnement. La collectivité en cause, de fait ou de droit, sera plus ou moins armé pour gérer le conflit. Différents moyens, mais également différentes attitudes s’offrent à la collectivité face au conflit : offensive, défensive ou passive.

Offensive en soutenant un projet et en participant pleinement à son élaboration. Défensive en combattant un projet, surtout quant il s’agit de création d’une installation à risque sur la commune voisine. Passive en laissant le maître d’ouvrage seul face à la contestation. Bien entendu ces positions peuvent évoluer dans le cadre de ce qui s’appelle la théorie des coalitions. Il est clair qu’une collectivité territoriale agira en raison des enjeux d’un projet : politique, économique, sociaux, environnementaux. Elle choisira au mieux son camp, si elle possède des outils d’aide à la décision performant, c’est à dire capable de mesurer l’impact en matière de développement durable de sa décision.

 

IV. Le porteur de projet privé est celui qui est le plus exposé à la contestation. Pris dans une logique d’entreprise, il apprend à composer. Il n’est pas maître du territoire sur lequel il opère. Son premier objectif s’inscrit dans une logique concurrentielle : choisir un lieu sans en informer les concurrents. Ici naissent les premières frustrations : pourquoi garder le secret sur l’opération projetée ? Pourquoi le maître d’ouvrage n’informe-t-il pas le maire de la Commune de son projet ? Il faut comprendre que le but premier de l’entreprise est de se développer et que le territoire est un critère parmi d’autres. Les effets de la mondialisation de l’économie en témoignent, avec notamment le phénomène des délocalisations. L’entreprise a besoin d’un milieu favorable pour son développement. La volonté de communiquer auprès des populations est récente et parfois forcée suite à un accident entraînant un contentieux lié à l’environnement et à la santé publique. L’application du droit de l’environnement, comme celle du droit du travail sont des composantes de la gouvernance de l’entreprise. Nous retrouvons ici les trois piliers du développement durable : économique, social et écologique. L’entreprise qui est capable d’intégrer des indicateurs de développement durable agira au mieux pour ces intérêts et ceux des acteurs en présence sur un territoire.

Le porteur de projet d’une carrière, d’une route, d’un centre de déchet, d’une installation classée pour la protection de l’environnement doivent trouver au travers du droit du développement durable à la fois un concept stratégique de développement et une méthodologie de conduite de projet. Sinon ils se heurteront à la contestation.

Les trois principaux acteurs d’un territoire étant définis, il convient à présent d’étudier la médiation environnementale comme moyen de résolution d’un conflit.

 

V. La médiation environnementale ayant pour base la protection de l’environnement, il est nécessaire de connaître celui-ci. Connaître le territoire, les femmes et les hommes qui y vivent, son histoire, son écologie. C’est le rôle premier du médiateur environnemental. Il doit procéder à ce diagnostic. A la différence d’un magistrat qui étudiera un dossier, la médiation doit se faire du terrain. Comprendre pourquoi et comment le conflit est né. Corrélativement, le médiateur environnement doit s’enquérir de l’état de l’environnement et de la santé des populations et savoir s’il existe un danger présent ou imminent.

Dans le cas d’une pollution grave et imminente, il nous paraît important à la fois qu’il informe les parties et de plus qu’il communique également auprès du parquet, sur la base du devoir de chacun de contribuer à un environnement qui ne nuise pas à sa santé[10]. De même, il faut constater que le projet au cœur du conflit respecte le droit de l’environnement et de la santé publique. Rappelons que la médiation environnementale a pour mission première de préserver l’intérêt général de l’environnement et la santé publique. La médiation environnementale s’efface alors devant l’autorité judiciaire.

 

VI. S’il n’existe pas de péril imminent, le médiateur doit alors commencer à rencontrer chacune des parties en présence et connaître l’objet de leurs doléances. Il doit d’abord présenter l’objet de la médiation environnementale et savoir si les parties acceptent cette forme de résolution du conflit.

Il doit ensuite être capable au cours du ou des entretiens de déterminer l’intérêt sous jacent de chacune des parties. Ce point est important car bien souvent les contestataires utilisent la protection de l’environnement comme paravent de leurs actions. Il est plus noble de contester la création d’une aire de stationnement des gens du voyage ou l’implantation d’éolienne en se parant de l’intérêt général de l’environnement, plutôt que d’apparaître comme représentant un lobby immobilier ou nucléaire. La médiation environnementale doit faire apparaître les jeux de dupe, s’ils existent. Il faut savoir entendre les raisons profondes de l’opposition. Il faut connaître les éléments négociables et non négociables de chaque partie. Il est important de connaître ce qui pourrait conduire à un changement d’attitude d’une partie envers l’autre. Chaque entretien doit être consigné et envoyé à la partie entendue, afin de valider.

 

VII. Qu’il s’agisse de conflits liés au voisinage, à une installation causant des nuisances ou à un projet de planification, la médiation environnementale intervient pour résoudre un conflit de gestion de l’espace et du temps : « je veux vivre ici tranquille et pour longtemps. Comme pour les ressources qui s’épuisent, l’espace agréable devient rare, surtout dans les régions attractives. L’apprentissage de la cohabitation n’est pas une chose aisée. L’Etat qui a participé à ce développement, n’est plus reconnu comme le régulateur. Notre mode de vie nous conduit à rester derrière nos murs de clôture, en espérant ne pas avoir un intrus qui nous cause un trouble anormal de voisinage. La médiation environnementale a pour sens de redonner une dimension à la fois anthropocentrique et égocentrique, c’est à dire réconciliant l’Homme et son environnement.

Auteur : Laurent Vassallo

 

 

Président de l’Organisme de Médiation en Environnement Santé Consommation – association agréée environnement.

Doctorant en droit au Centre de Recherche Interdisciplinaire en Droit de l’Environnement, l’Aménagement et de l’Urbanisme – CNRS /INRA Limoges

Directeur du Cabinet Conseil CRES 21 Béziers.

Enseignant vacataire à la faculté de droit de Limoges.

Auteur de la thèse sur la médiation environnementale :

Adreses utiles: Revue Droit de l’environnement : contact@droitdelenvironnement.com

a.lecomte@victoires-editions.fr

x.sidaner@victoires-editions.fr

Commissariat Général du Plan (Manon) :

mguerin@plan.gouv.fr

dvidal@plan.gouv.fr

Fondation de France :

environnement@fdf.orf

 

 

1ere Université d’été Béziers la Citoyenne :

« Béziers ville citoyenne et médiatrice ? »

« Comment mieux vivre ensemble la convivance ? »

 

Synthèse de la première journée de Mme Eliane Jalabert

 

Mardi 30 août 2005

 

9h30 : Ouverture des travaux : Intervention de M. A.FULLEDA

E.Bauduin : Vice-Présidente du Conseil Général de l’Hérault, Conseillère Régionale.

Discours de bienvenue : A.Romero, Vice-Président de la CABEME,

10h00 : M.MIAILLE, Professeur de Droit et de Sciences Politiques, Président de la FOLH, Président de la CIMADE.

*      Evoque l’activité de la FOLH :

*        Cycles de conférences, universités d’été, enrichies de la réflexion de personnes extérieures.

*        Lieux d’accueil, d’écoute, de parole.

*        Actions collectives

*        Souhait que la FOLH soit un lieu de regroupement d’initiatives pour défendre les valeurs et engagements autour de la citoyenneté.

*      Sur le thème « Citoyenneté et Convivance »

 

 

registre socio-                    domaine

politique                             sociologique

*      La convivance déborde de la citoyenneté :

               devoirs sociaux sur une manière d’être.

               de l’ordre du normatif : Comment « mieux » vivre ensemble.

*      Qu’apporte la convivance en plus, par rapport à la citoyenneté :

-                Les possibilités ouvertes vont plus loin : droits de l’homme inscrits (après la Révolution), avant qu’il soit citoyen.

-                « Libres et égaux en droits » : seule restriction : l’élitisme républicain = responsable de charges utiles à tous.

-                « Droits imprescriptibles » : propriété, sûreté (pas sécurité).

-                Résistance de l’oppression

-                Présomption d’innocence

-                Liberté d’opinion et de communication des opinions

Définition de la liberté : faire ce qui ne nuit pas aux autres.

 

               Conception relationnelle, sociale, qualité d’un rapport social.

-          Kant : « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse ».

*      Quelles garanties des effets de la convivance : J.J Rousseau (musicien reconnu à Versailles, avant d’être écrivain) :

-          Dernier chapitre du « contrat social » : « la religion civile » = liberté de conscience des individus s’ils acceptent de participer obligatoirement à une « religion civile ».

Quel est le dieu  de cette société civile ?                       c’est le « contrat social », le lien qui unit dans une société.

 

               La garantie ultime d’une société de convivance réside dans la sacralisation de la décision du contrat social (sacré au sens de « mis à part »)

Convivance = libre accord des consciences.

Débat :

-          Quid de la liberté et de l’égalité quand il y a des décisions à prendre (par ex-élus/citoyens) :

*     écouter

*     laisser parler

*     expliquer les décisions

-          Principe de précaution = l’intégrer dans la discussion comme élément d’un problème politique de qualité et de survie des populations futures.

-          Question des personnes marginales : comment les aider sans empiéter sur leur liberté de vivre ?

11h00 : L’expérience de Valence (Drôme) dite de « conciliation pénale » : G.APAP, ancien Procureur de la République à Valence :

*  base = citoyenneté – humanité

*  institutionnalisation de l’expérience

*  les conciliateurs de Valence :    ni juges

                                                      ni enquêteurs

                                                      ni confesseurs

14h30 : Mme Annie Auret, avocate, Présidente de l’association Point-rencontre, Maison de la Famille :

Le parallèle entre convivance et société s’applique à la famille : droits et devoirs réciproques inscrits dans la loi qui est la norme.

*               Cellule familiale : cellule de base, primaire. Fonctionnement interne analogue à société. Garante des apprentissages des valeurs. Maillon central de la cohésion sociale.

*               La famille doit être protégée, de même que les enfants (Protection de l’Enfance).

Dans ce but, les Points-rencontres ont été créés pour maintenir des liens avec les parents, suppléant au lien familial.

*               1989 : Convention Internationale des droits de l’enfant = code de bonne conduite pour l’Etat, pour le bien-être, le bien-vivre de l’enfant. Ci celui-ci a un bon ancrage dans la famille, il aura un bon ancrage dans la société.

*               L’ouverture de la Maison de la Famille, place St Aphrodise et « Béziers-Famille », 2 rue E.Dolet :

-          Soutien à la parentalité = groupes de parole pour les utilisateurs du Point-Rencontre                ouverts à d’autres citoyens.

-          Point-Ecoute = SOS enfants              même s’ils ne se

considèrent pas

                                                SOS parents                comme victimes encore.

                                                                                                         

Etape suivante : CIDF, ADIAV

-                Conférence débats

-                Point-Rencontre = exercice du droit de visite enfants-parents.

Dans les actions judiciaires, l’enfant a le droit de dire quelque chose, pas de demander (s’il veut aller chez un parent).

15h00 : Joël CATHALA, juge pour Enfants Tribunal de Grande Instance de Béziers :

*         Rappel loi autorité parentale 4 mars 2002 :

-                Constat fragilisation constante du lien conjugal avec surinvestissement de l’enfant.

Sauvegarder les droits de l’enfant.

-                Conception plus égalitaire des droits parentaux

-                Privatisation du droit familial

*            Intervention du juge des enfants :

Le législateur recherche la paix familiale à partir de la loi 1975 seulement : divorce par consentement mutuel. Suppression de la notion de divorce pour faute, hormis certains cas précis. Dans les conflits graves de mineurs en danger : art 375 du code civil              compétence du juge des Enfants (danger physique, psychologique ou affectif, éducatif).

*            En matière pénale :

*           Loi 1945 protection des mineurs :

*           Le juge intervient seul avec assesseurs pour juger les faits. Il est également JAP

*           Atténuation de responsabilité.

*           Primauté action éducative.

La loi de 2002 instaure des sanctions éducatives à partir de 10 ans, la détention provisoire, les centres fermés

Jugements à délai                     durcissement de la loi de 1945.

rapproché

 

Question récurrente = causes de la délinquance juvénile :   Pathologique ?

Initiatique ?

D’exclusion ?

Il s’agit d’un problème social global incluant la réinsertion, et non l’enfermement. La prison doit rester un moment (parfois nécessaire) à partir duquel rebondir.

Dans les cas de négligence, mise en danger, maltraitance = 1er intervenant : le conseil général qui fait un constat avec les parents.

Si problème plus grave               saisir le procureur                     Juge des enfants                      la mesure s’impose aux parents.

 

16h00 : Geneviève DAUMAS, Association « un autre toit » :

 

Accueil des familles en attente de parloir pour les détenus à Béziers : peuvent se reposer quand voyage long, coin-change pour les bébés, lieu de parole et d’écoute.

A constaté que des mineurs préfèrent aller en prison plutôt qu’en famille d’accueil, ce qui serait avouer l’échec des parents.

 

17h00 : Clôture de la journée – Reprise demain 31 Août.

 

 

 

- P R O G R A M M E -

-UNIVERSITE d'ETE de BEZIERS LA CITOYENNE-

 

   CES JOURNEES ONT EU LIEU

LES 30 et 31 août 2005 au FJT Claparède, Av. De Lattre de TASSIGNY à BEZIERS

 

1ère université d’été de l'ABLC - Thème: « Béziers, ville citoyenne et médiatrice ? » Comment mieux vivre ensemble : la convivance !

 

 III.      Mardi 30 août 2005

 

9h 30 - 10h 15 : Ouverture des travaux : A. FULLEDA (magistrat, président de l’ABLC et l’ABAD)

Discours de bienvenue : avec Eliane Bauduin vice présidente du Conseil Général, Miche Maille Conseiller Régional et Président de la FOHL A. Romero, V Pt de la CABEME

 

10h15 – 11h15 : « Autour de la convivance et de la citoyenneté »: M. MIAILLE (professeur de droit et de sciences politiques, président de la FOLH)

Débats

11h : Pause

 

11h30-12h 30 : « La médiation hier, aujourd’hui et demain» :

« L’expérience de valence dite de conciliation pénale » : G. APAP (ancien procureur de la république à Valence)

« Médiateur dans la ville »: D. PETIT (médiateur à l’association médiation dans la ville à Béziers)

Débats

Repas

 

14h 30 -17h 30 :

LA CONVIVANCE ET LA FAMILLE

Joël CATHALA, juge des enfants, chargé d’enseignement dans le cadre du diplôme universitaire de 3° cycle de formation aux fonctions de médiateurs à Béziers (Montpellier 3)

Annie AURET (AVOCATE, présidente de la maison de la famille à Béziers)

« Les liens familiaux à l'épreuve du pénal » par Geneviève DAUMAS (membre de l’association un autre toit)

Débats

 

Mercredi 31 août 2005

 

9h 30 – 12h 30 : « La convivance et l’école » :

 

9h 30-10h 30 : Geneviève CONFORT-SABATHE : l’idianthropie

Débats

« L’APPRENTISSAGE DE LA CITOYENNETE »

 « Les Groupes de paroles » : L. Fulleda (professeur de lycée)

Au Lycée : D. ROQUE (professeur de lycée)et Marie PATALACCI

 

Débats

Repas

 

14h 30 -15h 15 : « La convivance dans la cité » : « Les conflits dans la société » Josep REDORTA (avocat auteur de deux ouvrages en 2004 sur El poder y sus conflictos (Barcelona paidos plural), le pouvoir et ses conflits et Como analizar los conflictos (Barcelona paidos), comment analyser les conflits.

 

15h15 : S. RICHARD (titulaire du diplôme de 3° cycle de formation aux fonctions de médiateurs)

 

15h 30 : « La médiation environnementale » : L. VASSALO (président de l’OMESC)

La médiation dans les transports urbains : G. ESCARGUEL (syndicaliste, spécialiste des questions de transport urbain)

 

17h 15 - 17h 30 : Conclusions